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 Fuis-moi comme le choléra

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♦ MESSAGES : 6
♦ INSCRIPTION : 27/03/2015


MessageSujet: Fuis-moi comme le choléra   Ven 27 Mar - 12:18

luna de monti

ft amber heard.

► son âge. 22 ans
► son groupe. Lamartine
► son boulot. chômeuse pour l'instant
► son caractère. Luna s'est forgée une personnalité au fil des années, pour se protéger et s'éviter les erreurs jonchant lamentablement son passé. Un lourd passé qu'elle se traîne avec un détachement feint. Cette jeune femme est un puzzle - un puzzle 5000 pièces - que trop de douleur a défait, éparpillant chaque pièce aux quatre coins de la Terre, l'empêchant de se reconstruire, lui interdisant un quelconque retour en arrière. Jour ou nuit, blanc ou noir, joie ou tristesse : elle est incapable de choisir. Elle peut vouloir une chose un jour et le contraire le lendemain. Elle s'est tellement trompée, tellement fourvoyée, démantelant lentement et sûrement sa propre confiance en elle, comme si la destruction de son assurance n'était que l'unique but de son existence. Elle ne laisse pourtant rien paraître ; son orgueil l'empêchant d'afficher un manque flagrant de détermination, préférant révéler une personnalité lunatique et une susceptibilité peu communes. Loin du stéréotype que l'on pourrait se faire de la jolie blonde aux longues jambes, Luna méprise cette superficialité que son statut devrait logiquement lui imposer. Exigeante, son niveau de tolérance est assez bas pour qu'on la qualifie souvent d'emmerdeuse. Une emmerdeuse à la fidélité à toute épreuve. Quoiqu'on en dise, la jeune femme est une demoiselle de confiance, sur qui on peut aisément compter. Comptez parmi ses amis et elle sera là pour vous, quoi que vous ayez dit ou fait, elle vous soutiendra, faisant soudain preuve d'une gentillesse et d'une dévotion que très peu lui connaissent. Bien plus présente dans la douleur que dans la joie, il faut croire qu'elle sait bien mieux trouver sa place loin des effusions d'affection et de tendresse. Enfin, Luna est de ces femmes incapables de cerner la notion de "calme". Un seul pas de travers suffit à la faire sortir de ses gongs et croyez-le, elle n'hésitera pas à sauter à la gorge du premier emmerdeur venu.
► sa nationalité. franco-italienne
► Célibataire, marié, veuf. célibataire
► Classe sociale. Fille adoptive d'une noblesse italienne perdue, remariée à une grosse fortune française, c'est sûr que Luna n'a pas à se plaindre pour son compte en banque. Et puis s'appeler de Monti, ça fait toujours plus classe que Langlois (le nom de son "frère").
► Orientation sexuelle. hétérosexuelle

► Ton pseudo Sky. Ou Cha, aussi.
► Ton âge canonique, comme Georgette la grand-mère (très probablement la plus âgée du forum par contre, vu vos âges de bébé )
► Comment nous as-tu trouvé ? par Bazzart
► Et qu'en penses-tu ? Je suppose que j'aime bien
► Avatar ? Amber Heard
► Crédits ? Bedshaped


Des manies, des tocs, des obsessions

Elle éternue toujours trois fois. Quand elle traverse une rue, elle s’amuse à ne marcher que sur les bandes blanches des passages pour piétons. Elle joue encore à Pokémon. Elle se réveille parfois pour manger la nuit. Elle mange tout le temps. Elle chante souvent des chansons complètement débiles. Elle chante tout le temps de toute façon. Elle est somnambule. Elle a une collection de films Disney. Dès qu’il se passe quelque chose de triste dans une série ou un film, elle pleure comme une madeleine. Elle ne peut pas rester assise sur une chaise sans bouger. Elle rajoute de l’eau chaude dans son bain quand ça fait trop longtemps qu’elle est dedans plutôt que d’en sortir. Elle boit son thé brûlant. Elle peut rester des heures sous la pluie juste pour sentir l’eau couler sur son visage. Plus elle est déprimée, moins il y aura de couleurs dans ses tenues. Elle adore le citron sous toutes ses déclinaisons (bonbon, jus, naturel, etc…). Elle croit en l’existence des extra-terrestres. Elle pense que les fantômes, les monstres sous le lit et dans le placard, les vampires et les loups garous sont super cool et doivent être réels. Elle adore danser, même si c’est n’importe comment. Elle est dotée d’un QI légèrement au-dessus de la moyenne, ainsi que d’une mémoire eidétique, fait qu’elle préfère cacher depuis son adolescence. Ainsi, elle mémorise tout ce qu’elle voit, lit ou entend. Elle pourrait utiliser ce don pour de grandes choses, mais pour l’instant elle se consacre à ne rien faire, à trouver ses marques dans ce retour à Paris. Sa mémoire, souvent considérée comme un don, se révèle parfois lui faire vivre un enfer complet. Il y a des images qui la hantent et la hanteront jusqu’à la fin de ses jours, très certainement. Bien qu’elle ne l’avouera jamais, elle adore les chansons de Lady Gaga. Elle connaît par cœur la plupart des chorégraphies de ses clips vidéos, au grand désespoir de son ami Milo et sa cousine Louise. Elle apprécie également certaines des reprises faites dans la série Glee, tout particulièrement celle de « Telephone ». Elle a une tendance assez impressionnante à rougir. Que ce soit par timidité, colère ou honte, ses joues prennent une belle couleur carmin absolument impossible à dissimuler. C’est aujourd’hui son plus gros complexe, et lui en faire la remarque la mettra encore plus mal à l’aise si possible.


Nique sa mère le blizzard

« C’était comme plonger tête la première dans un puits sans fond, mes ongles râpant la pierre acérée égratignant le bout de mes doigts déjà en sang, sans jamais parvenir à me raccrocher à cette paroi lisse et stopper ma chute. C’était comme une nuit sans fin, le soleil, éreinté, qui aurait refusé de se lever pour moi et m’aurait plongé dans un abîme de ténèbres. C’était comme si ma lucidité ne tenait plus qu’à un fil sur lequel je tirais pour la ramener vers moi, mais qui m’échappait constamment. C’était comme une immersion dans un bain d’acide, réduisant ma peau en lambeau, ne laissant plus que les chairs à vif, douloureuse au moindre mouvement d’air. C’était un immobilisme total qui me tirait quand même vers le bas, mais c’était pire si je me débattais, dans ce cas les sables s’accrochaient toujours un peu plus à mes membres, les rendant lourds et gourds, et je m’enfonçais davantage. C’était comme mourir à petit feu, une flammèche venant lécher le bois du bûcher sur lequel on m’avait érigé. J’avais toujours été surélevée par les autres, posée en évidence sur un piédestal, observant le monde depuis mon Olympe, caressant du doigt les nuages, et balançant des Ferrero rochers au bas peuple comme on nourrit des fauves affamés. Mais on n’apprivoise pas un animal sauvage, j’aurais dû le savoir, et le coup de griffe succédant aux caresses, s’il n’avait été mortel, avait laissé une plaie qui, mal soignée, avait fini par s’infecter et suinter par tous les pores de ma peau. La douleur m’avait conduit aux portes de la folie, et avait transformé mon piédestal en bûcher ardent sur lequel brûlait mon âme à petit feu. Il me suffisait de fermer les yeux pour sentir la vie glisser hors de moi et couler sur ma peau en y laissant sa marque vagabonde. C’était palpable. La lionne avait combattue vaillamment aussi longtemps que ses forces le lui avaient permis, mais cela faisait bien longtemps que les forces, comme le reste, avaient déserté l’enveloppe inutile de mon corps. J’avais baissé les bras. Un cri que personne n’entend parce que je n’ai pas envie qu’on l’entende, un verre en cristal qui s’échappe et dont on observe la chute jusqu’au sol avec délectation parce que finalement, ça à quelque chose de beau et d’hypnotique, ce putain de cristal qui explose en répandant ses éclats à travers la pièce. Peut-être même est-il plus beau maintenant, ces éclats brillants réfléchissant la lumière comme les faces taillées du plus beau des diamants. Je ne suis pas un diamant. Je ne suis qu’un vulgaire morceau de charbon. Je ne comprends pas pourquoi on s’entête à me traiter comme si j’avais une quelconque valeur. Je ne suis qu’une miette égarée dans l’écrin carmin dont on m’a orné, et que tout le monde contemple, applaudissant au moindre battement de paupière, à la moindre respiration. Mais l’écrin s’est refermé sur ma gueule et m’a laissé dans le noir. Je cherche, je cherche la sortie, je cherche ce foutu néon vert qui me faciliterait la tâche. «Exit». Au fond de moi je sais où le trouver ce panneau, je sais comment l’atteindre de manière définitive. Il y a quelque chose de doux et d’apaisant dans ce terme. Définitif. Et si finalement le puits avait un fond ? Et si finalement c’était à moi de décider quand la chute prendrait fin ? J’ai le choix, je l’ai toujours eu. Cette pensée me réconforte. Et si j’ai le pouvoir de stopper cette chute, alors je peux me permettre de chuter plus profondément alors, tout en sachant que demain, rien ne sera plus, demain je ne serais plus. Demain j’aurais atteint les enfers, et qu’importe ce qui m’y attend, ce ne sera jamais pire que le purgatoire dans lequel je me complais depuis ma naissance. Je ne me débats plus dans le vide, je sais que j’ai une influence sur ma dérive, la plus grande de toute. Alors je me laisse tomber un peu plus, je prends plaisir à me débattre pour sentir les sables se refermer sur mon corps, m’attirer vers la démence, je jubile en me sentant, pour la première fois, maîtresse de ma destinée. Un destinée qui va s’avérer très courte mais d’une splendeur jamais égalée. Je sens la vie et la raison s’échapper de mon corps à mesure que la sueur s’y forme et glisser sur mon épiderme. Je sens qu’on m’attaque, qu’on m’assiège, qu’on me pénètre et colonise. Je ris. Demain je ne serais plus, colonise-moi autant que tu veux, demain tout ne sera que terre stérile et désolation. Je sens mon corps s’enflammer, et j’imagine le bûcher à mes pieds, le bourreau encagoulé, sa torche à la main, charmé par le brasier. Et puis je vois la lumière. Trois fois rien, juste une étincelle, un point lumineux qui semble si loin et qui m’appelle inexorablement. C’est quoi ça ? Je pense d’abord au feu, mais il se trouve à mes pieds, il n’a donc pas raison d’être aux tréfonds de mon cœur. Plus mon assaillant me parasite et plus la lumière se fait vive, chaleureuse, accueillante. Plus le fauve me dévore et plus le fil de ma raison se tend. Je pourrais le suivre si je voulais, je pourrais le saisir à pleine main et tirer jusqu’à regagner la surface. Mais je suis si fatiguée... La lumière oscille, devient violente, clignote au rythme des coups de reins de mon ennemi. Je vacille. Elle explose dans ma tête comme le verre en cristal, fichant ses éclats dans chacun de mes organes vitaux. Ça me coupe le souffle, ça m’arrête le cœur. Et puis ça reprend, tout doucement, mon palpitant pulsant ce sang qui me maintient biologiquement en vie. Je ferme les yeux. La lumière est toujours là, tout au fond, très loin, inabordable, inatteignable. Et pourtant je la veux. Finalement je n’ai jamais eu le choix, je crois. »

- I –
Barre-toi! Casses-toi j't'ai dit, qu'est-ce qu'il te faut de plus?
T'en as pas vu assez? Et arrête de m'regarder comme ça
T'as rien écouté? T'as rien compris?
Comment j'dois te l'dire pour que ça imprime?
Ecoute, pauvre conne:
J'suis pas quelqu'un de bien, j'suis pas une belle personne
J'suis une sale bête, une bouteille de gaz dans une cheminée
Et j'vais finir par te sauter au visage si tu t'approches trop
Comme ça a fait avec les autres
Mais tu sais pas d'quoi tu parles
J'ai essayé ça sert à rien on change pas, on change jamais
Et quand bien même de toute façon ici y'a pas de deuxième chance
On efface pas les ardoises
Me dit pas qu't'es pas au courant, qu't'as pas vu?
C'est imprimé partout dans les journaux
Sur les écrans, dans le regard des gens
C'est même écrit en grand sur les immeubles, la nuit
Quand les gens biens comme toi sont endormis
C'est marqué en rouge:
Tu nais comme ça, tu vis comme ça, tu canes comme ça
Seul à poil face à ton reflet avec ton dégoût de toi même
Ta culpabilité et ton désespoir comme seul témoin
Non crois-moi, tu veux vraiment pas qu'j'aille plus loin
Parce qu'au mieux ça t’empêchera de dormir
Et au pire ça t'donnera envie de m'cracher à la gueule
Alors avant que j'me transforme encore une fois, pars en courant
Fuis-moi comme le choléra

« Quand je sera grand, j’t’épousera. » Glissa-t-il à son oreille alors que, pelotonné sous les draps rêches, ils ne formaient qu’une minuscule boule. Les yeux grands ouverts, la petite fille observait cette cloison blanche et s’imaginait qu’au-delà il pouvait y avoir un monde totalement différent. Ce soir ils n’étaient plus les prisonniers d’un monde adulte et ecclésiastique, ils étaient des enfants choyés et aimés par des parents adorés. Sous les draps, ils pouvaient être n’importe qui, n’importe quoi.
« C’est pas possible. » Chuchota-t-elle à son tour. « Quand je sera grande, je sera mariée avec Napoléon. » Le garçon se gratta le crâne en tentant de se remémorer la rare vidéo que Sœur Angela leur avait passé durant l’heure d’Histoire. Habituellement, ils se contentaient de dates tracées à la craie blanche sur le tableau noir, mais aujourd’hui, ils avaient eu l’immense privilège d’observer un vieux reportage en noir et blanc sur le petit poste vieillot de l’institut. Milo n’était pas très attentif en classe mais il lui semblait bien se souvenir que le type en question avait vécu y a genre très longtemps.
« Tu peux pas. » Lui répondit-il alors, après un moment de réflexion, ses sourcils formant toujours un arc au-dessus de ses yeux.
« Si ! » Trancha l’enfant comme s’il venait de la mettre au défi d’épouser l’empereur, comme s’il doutait de sa capacité à le faire.
« Mais non… Il est mort. » Insista-t-il. La petite fille qui s’apprêtait à lui répondre, s’immobilisa, ses grands yeux fixés sur lui se bordèrent de larmes tandis que menton et lèvre inférieure se mettaient à trembler de concert.
« Tu mens !! » Cria-t-elle en abattant son poing contre sa cage thoracique. « C’est même pas vrai qu’il est mort ! Tu dis ça rien que pour m’embêter ! J’te déteste ! » Poursuivit-elle en augmentant le volume sonore, oubliant totalement où elle se trouvait et ce qu’elle risquait en se montrant aussi peu discrète. Il ne lui fallut guère longtemps pour réaliser sa bourde. Quelques secondes suffirent à ce que la porte du dortoir s’ouvre dans ce grincement significatif qui la fit se figer contre Milo, ses bras encerclant son corps frêle, tandis qu’il faisait de même. Alors ils ne formèrent plus qu’une boule compacte, un ensemble de deux petits corps enchevêtrés qui s’enroulaient l’un dans l’autre à mesure que les bruits de pas s’approchaient. Lorsque les sandales de Sœur Virginia eurent finit de marteler le dallage inégal, les enfants fermèrent les yeux, comme si le simple fait de ne pas voir l’ennemi empêcherait l’ennemi de les voir eux. Mais lorsque le drap quitta leurs corps, ils ne purent ignorer la fraîcheur soudaine, ni le sentiment brusque de ne plus être protégés, d’être à découvert. Une main froide enserra le haut du bras de l’enfant, et l’arracha à l’étreinte du garçon. Ils eurent beau lutter tant qu’ils purent, ils n’avaient pas encore la force de rivaliser avec les adultes. La petite fille se retrouva projetée en arrière, le bras toujours accroché à cette main, tandis que ses pieds ne touchaient pas le sol. Elle vit des dizaines de têtes émerger de sous les draps et lui jeter des regards compatissants. Ils savaient tous ce qui l’attendait, ils savaient tous qu’il n’y avait probablement rien de pire, mais après tout, elle avait pris le risque, elle prenait toujours le risque. Ses longues boucles blondes tournoyèrent autour d’elle tandis qu’on la secouait sans ménagement, puis la voix grave et hostile de Sœur Virginia siffla l’air.
« Ça suffit ! » Eructa-t-elle en repoussant le petit garçon qui tentait de s’approcher de la fillette. « Combien de fois devrais-je vous récupérer dans ce lit, Miss Luna ? Combien de fois encore ? N’avez-vous point conscience du fait que le Seigneur vous observe, qu’Il vous juge, et que bientôt Son courroux s’abattra sur vous ? » La Sœur hurlait presque, personne ne pouvait l’ignorer, personne ne pouvait prétendre dormir encore, et pourtant, personne n’osa sortir réellement de sous les draps. Seules quelques touffes de cheveux, des paires d’yeux émergeaient de temps à autre, rien d’autre, ils avaient trop peur que sa colère ne rejaillisse sur eux. Alors, les dizaines de lits qui se faisaient face de part et d’autre du dortoir restèrent paisibles tandis qu’on tirait la fillette hors de ces lieux, qu’on la trainait par le bras, ses petites jambes cavalant difficilement à la cadence imposée par les sandales cléricales. Elle entendait Milo l’appeler, mais elle ne pouvait lui répondre que par des sanglots étouffés. Elle aussi savait ce qui l’attendait, elle appréhendait à l’avance chacun des coups qui allaient s’abattre sur son dos encore meurtri de l’avant-veille. Elle savait, en s’aventurant, seule, en pleine nuit, dans les couloirs de l’institut, pour rejoindre le dortoir des garçons et se glisser dans le lit de Milo, que si elle se faisait prendre, elle ne pourrait échapper à la punition préférée des sœurs. Elle le savait pour l’avoir vécu à de très nombreuses reprises. Mais qu’importe, elle ne supportait pas plus son petit lit froid et austère, elle préférait mille fois la chaleur rassurante et protectrice du garçon. Ils ne faisaient rien de mal, comment pourrait-on faire quelque chose de mal à six ans ? Elle savait que Dieu ne pourrait pas lui en vouloir pour ça, Il devait même trouver les sévices corporels injustes et odieux. Aussi, lorsque Sœur Virginia jeta l’enfant sur son lit, et que le bruit terrifiant de la ceinture qu’elle décrochait de sa taille grasse se fit entendre, la petite Luna tourna ses deux prunelles émeraudes dans sa direction, et avec un calme déconcertant, lui souffla :
« Dieu vous observe aussi, ma sœur. »

La Toscane. Ses peupliers, cyprès, pins parasols. Ses villages et petites bourgades, églises aux roux clochers surplombant les pentes douces et verdoyantes des collines. Ses pieds de vignes aux feuilles vertes et dorées, s'étalant en rangs parallèles à perte de vue, parsemant le relief tranquillement abîmé de cette langue de terre entre montagnes et Méditerranée - le berceau de la civilisation Étrusque, le foyer éclatant de la Renaissance, la contrée de l'art de vivre. C’est là qu’est née Luna – du moins le croit-elle puisque les sœurs ne répondent jamais aux questions qu’elle peut poser. C’est là qu’elle a grandi, et du haut de ses six ans, elle n’imagine pas un instant ne pas y habiter un jour. Et aujourd’hui, peu lui importe les clichés, les stéréotypes au sujet de sa Toscane – les superbes villas, les touristes, les musées, la chaleur, l’art du dolce farniente, le chianti, les paysages bucoliques et les ruines blanches roussies par le soleil et les ans. La magie de la Toscane, c’est que les clichés y sont vrais. Elle aime encore cette région avec fougue, avec passion, et la Toscane l’aime en retour comme elle-seule peut le faire – en l’éblouissant chaque fois un peu plus. Elle aime ses villes ; elle aime leurs ruelles sinueuses, leurs mille églises et leurs piazze perpétuellement animées. Florence, Pise, Livourne, Sienne, Prato, Lucca, Pistoia, Volterra… Elle les connait toutes, ou presque, puisque les activités familiales l’ont traînée aux quatre coins de la région pendant les vacances.
Luna a été adoptée peu de temps après le nouvel incident du dortoir, et Milo a suivi sans tarder. Leurs nouvelles familles sont passées par une association pour les adoptions, et ça a pris du temps. C’est bizarre comme ces choses-là sont compliquées alors que laisser un gamin dans une famille infernale, ça semble bien plus naturel à n’importe quelle institution. Luna se retrouve avec une mère célibataire. Elle s’appelle Rossella de Monti, une petite brune au teint clair et aux yeux gris semblant contenir toute la sagesse du monde. C’est une universitaire, une sorte étrange de métier qui lui correspond bien ; inlassablement, depuis des temps immémoriaux puisqu’elle rédigeait déjà sa cinquième thèse alors qu’elle entamait la procédure d’adoption, elle s’entête à étudier des traités obscurs, à fouiller dans des archives poussiéreuses, à déchiffrer de vieux manuscrits, tout cela dans un but louable et pourtant chimérique : apprendre, savoir, connaître. Rossella est spécialisée en histoire de la Renaissance, et son travail, qui l’emmène occasionnellement aux quatre coins de l’Italie, est toutefois relativement concentré en Toscane. Heureusement, les parents adoptifs de Milo, des amis de Rossella, sont là pour s’occuper de la fillette en même temps que de leur nouvel enfant. Ainsi les enfants ne sont pas séparés, et la seule chose qui change depuis l’orphelinat, c’est qu’ils ne craignent plus les coups de ceinture s’ils sont retrouvés en train de dormir dans le même lit. Et puis c’est le drame. Un poste s’ouvre à la Sorbonne, c’est une opportunité à ne pas louper. Les cris, les larmes des enfants déchirent le cœur de leurs parents, mais il n’y a rien à faire, la décision de Rossella est prise, le départ pour la France imminent.
La France, et Paris. Luna déteste les deux. Elle vient de perdre celui qu’elle considère comme son grand frère, pour satisfaire le caprice d’une femme qu’elle n’arrive pas à considérer comme sa mère. D’ailleurs, et même si cela fait un peu plus d’un an depuis le jour de l’adoption, la petite fille ne l’appelle pas « Maman », et à peine par son prénom. Elle se retrouve dans une école où elle parle à peine la langue des autres enfants, et l’adaptation est difficile. A cet âge-là, c’est soit tout blanc, soit tout noir : dans cette école privée pour nouveaux riches et vieilles fortunes, Luna est martyrisée pour ce qu’elle est, une enfant déracinée et différente. Alors elle apprend, plus vite que la moyenne, et on ne tarde pas à la diagnostiquer comme surdouée. Cela n’arrange rien à l’école. On lui fait sauter deux classes, et elle est le souffre-douleur des enfants à nouveaux. Tous les soirs, quand elle est sûre que Rossella ne peut pas l’entendre, la petite blondinette pleure toutes les larmes de son corps. Milo lui manque, l’Italie lui manque, elle déteste l’école, et n’a pas un seul ami. Elle préfère rester dans la salle de classe pendant les récréations, à lire des livres d’histoire sur Napoléon – c’est toujours son héros, même si elle a renoncé à se marier avec lui – et à écrire de longues lettres pour Milo (rappelez-vous qu’à l’époque, le téléphone n’était pas gratuit pour les communications internationales). Enfin, ça c’est quand sa maîtresse d’école ne la force pas à « profiter du bon air » - tout ça parce qu’elle a besoin de la salle de classe pour flirter avec un autre instituteur. Dans ce cas-là, la jeune fille rase les murs et essaie de ne pas se faire remarquer. Le problème, c’est Nathan Langlois. Il semble bien l’avoir prise en grippe depuis qu’elle est arrivée dans sa classe, et simplement parce qu’elle a de meilleures notes que lui, le faisant passer en deuxième position. Pourtant, ce n’est pas toujours le cas, avec l’esprit de compétition qu’il a. Mais le fait est que, parfois il rejoint le mouvement et s’en prend à l’Italienne, et les autres enfants, le prenant un peu comme le leader de la classe, pensent que ça leur donne l’accord général. Sauf que Nathan ne semble pas assumer si cela va trop loin, et se retire si ça commence à dégénérer, sans jamais prendre la défense de Luna pour autant.
Du coup, Luna ne l’aime pas du tout. Et le pire, c’est que le père divorcé de Nathan et la mère célibataire de Luna se débrouillent pour tomber amoureux l’un de l’autre. Une rencontre parents-professeurs jugée totalement inutile par les deux adultes les réunit autour d’un café, et s’ensuivra un dîner, ainsi que plusieurs autres. Aussi, quand Rossella annonce à sa fille son mariage avec Thomas Langlois, Luna n’en croit pas ses oreilles. Ce n’est pas très longtemps après son huitième anniversaire que les deux adultes passent devant le maire. Ils forment un couple singulier, étant physiquement très différents, mentalement tout autant exceptionnellement brillants, et moralement assez incompatibles (Rossella est bohême, libre, fantaisiste et pourtant très stricte et inflexible; Thomas est plus réactionnaire mais aussi plus tolérant et aimant). Leur relation, d'aussi loin que Luna se souvienne, l'a toujours fascinée: ils se comprennent, se haïssent, s'aiment tendrement, s'ignorent, se soutiennent et se battent tout à la fois. Ils se stimulent intellectuellement et ont toujours été (bruyamment) passionnés pour ce qui est du sexe, mais ils sont tellement complexes et intègres qu'ils ont viscéralement besoin d'une dose d'indépendance que peu de couples mariés nécessitent. Parmi la multitude de ses souvenirs d'enfance, Luna se rappelle de courtes périodes où ils ont été éperdument dépendants l'un de l'autre, ne se quittant plus pendant des mois (et ils ressemblaient alors à une famille des plus normales); elle a aussi en mémoire la fois où ils ont tenté de se séparer, vivant alors dans deux villes différentes entre lesquelles les enfants alternaient, chacun s’étant fortement attaché à l’enfant de l’autre (ils ont alors songé au divorce, avant de se retrouver furieusement un an plus tard et d’envoyer pour l'occasion Luna et Nathan passer deux semaines chez leur cousine Louise). Mais la majorité de ses souvenirs ont pour cadre cette situation amoureuse unique qui leur était propre: à moitié ensemble et à moitié à part, occupant deux appartements dans la même ville dont l'un ne servait pas une partie du temps, étant très présents pour les enfants mais se comportant l'un par rapport à l'autre de manière qui les laissait perplexes, ils s'aimaient, se disputaient ou se trompaient et se retrouvaient continuellement, sans donner d'explications très précises sur la nature de leur relation. Nathan et Luna n’avaient qu'à deviner; ils les aimaient, et le reste ne les concernait pas. Cette incertitude paradoxale, puisque les deux gamins étaient toutefois bien plus au fait des relations adultes que les autres enfants de leur âge, a fait de Nathan et Luna des enfants plein d'idéaux, puis des adolescents doux-amers. Ils étaient tenus d'avoir des notes excellentes mais n'avaient pas de couvre-feu, ils n’avaient que très peu d'interdictions mais devaient répondre de leurs actes - bref, ils avaient le devoir d'être responsables, et de se conformer aux attentes exigeantes que leurs parents avaient d’eux. Ce pot-pourri d'habitudes et de valeurs les a fait grandir plutôt inhabituellement: trop tôt, et pas complètement.
Et la relation entre Nathan et Luna dans tout ça ? Visiblement, l’instinct protecteur de Nathan s’est réveillé après le mariage, et il se comporte comme un grand frère. Avec son meilleur ami Achille, il devient le pire bagarreur de l’école pour laver les affronts faits à sa nouvelle sœur, même si en général, le dénommé Achille passe plus de temps, avec l’aide de Luna, à essayer justement que Nathan ne se batte pas trop. Ce sera suite à une longue tirade de la petite blonde et une supplique assez convaincante que le jeune garçon finira par arrêter de chercher les querelles. Luna, quant à elle, se découvre un nouveau héros dans la personne de son demi-frère. Au fil des années, le béguin de la fillette se transforme en un amour pur et innocent, bien mis à mal avec le succès de  Nathan auprès des filles, et ce dès le collège. Mais cette nouvelle relation avec le garçon n’a pas que des désavantages pour les sentiments à sens unique de Luna : Louise, la cousine germaine de Nathan, devient rapidement sa meilleure amie et confidente, et c’est d’ailleurs la seule que Luna met au courant des agitations de son cœur. Quant à sa relation avec Achille, on ne peut pas vraiment les qualifier de nouveaux meilleurs amis, mais au moins s’entendent-ils bien. Ce n’est que lors de l’année de terminale que les choses vont changer entre eux.

Non j'ai braqué personne, planté personne, buté personne
Mais j'suis un voyou c'est comme ça qu'on dit tout simplement
J'ai fait des choses que j'regrette suffisamment
Suffisamment pour y penser tout l'temps
J'pourrais te donner un million de bonnes raisons
Pour qu'on m'attrape, qu'on m'casse les genoux et qu'on m'cloue au pilori
Et si un jour on vient m'chercher, j'résisterai pas
J'sortirai les mains sur la tête sans faire d'ennui
Mais avant qu'ça arrive j'voudrais qu'tu sache que j'ai compris
Que j'passe mes nuits entre cachetons et insomnies
Et que j'vais m'battre pour reconstruire un apprenti repenti
Et tant pis, si ça m'prend toute une vie

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MessageSujet: Re: Fuis-moi comme le choléra   Ven 27 Mar - 12:18

Haut les coeurs

« C’est comme être accrochée à une branche, à bout de bras, luttant avec ses dernières forces pour ne pas la lâcher, cette foutue branche. Car ce qui retient l’arbre ne me retient pas. Il est pendu au-dessus du vide, cet arbre, tout comme moi, mais contrairement à moi, ses racines sont bien enfoncées dans la terre, juste au bord du précipice. Et moi ? Moi je tangue, mes jambes battant l’air au-dessus du vide, mes doigts se nouant ensembles au-dessus de la branche pour ne surtout pas la lâcher. L’arbre a d’abord l’air frêle, vous savez comme ceux qu’on voit dans les dessins animés, l’arbre mort sur lequel un corbeau ou n’importe quel rapace est perché, lâchant son croassement sinistre avec fatalité. L’endroit est désert, j’ai quitté la forêt depuis longtemps, la laissant derrière moi à jamais. Avant, j’entendais encore l’écho de quelques voix ricanant dans mon dos. Maintenant c’est terminé, il n’y a plus que le vent dans mes oreilles, ou « le souffle des morts » comme disait ma nourrice. J’ai lutté pour quitter cette forêt, persuadée de retrouver un monde plus vivable de l’autre côté de ces interminables troncs, cette insupportable végétation étouffante, oppressante, aliénante. J’imaginais une plage. Oui, c’était bien une plage, une plage déserte avec un coucher de soleil éternel et du sable, du sable chaud sous la plante de mes pieds. A la place, il y a eu cette plaine aride, morte, hostile, à la terre craquelée, à l’odeur infecte, et rien, absolument rien d’autre à perte de vue. Un paysage lunaire, un paysage de désolation. J’ai laissé la forêt derrière moi, et j’ai couru. J’ai couru jusqu’à la fin de ce monde, jusqu’à ce que ce paysage ne soit plus qu’une tâche marron, floue, défilant de chaque côté de mes pieds nus et abimés. J’avais encore l’espoir très mince que ce monde n’était qu’une étape, comme pour la forêt. J’ai couru pendant des heures, des jours, des semaines, des mois, sans jamais en voir le bout. J’aurais pu cesser de courir, m’allonger sur le sol et attendre la fin, mais puisque ce monde n’avait pas de fin, j’en étais venue à douter de l’existence d’une fin quelconque, j’en étais venue à douter de la réalité d’une fin, est-ce que le mot «fin» avait jamais existé ? Non. Il n’y avait plus qu’ «éternité». Je ne pouvais pas m’allonger sur le sol pour l’éternité parce qu’alors, rien, absolument rien ne se passerait. Je serais juste un être allongé sur le sol n’attendant rien, puisqu’il n’y avait rien à attendre, juste une particule immobile inspirant de l’oxygène et expirant du Co2, comme une chute interminable, une chute pour toujours, une torture qui ne s’arrêterait jamais. Jamais. Jamais. Alors j’ai couru toujours plus vite, toujours plus désespérément, et ce gouffre m’est apparu comme une délivrance. Il y avait une «fin» finalement, ce n’était pas la plage que j’espérais, mais je n’avais plus d’espoir à cet instant-là. J’avais couru trop longtemps dans ce paysage monochrome pour finalement espérer autre chose que la fin. Et si la fin se traduisait par un ravin, alors je l’accueillais avec joie. J’ai couru plus vite, j’aime à dire que j’ai pris de l’élan pour mon saut de l’ange, et j’ai souri à l’arbre mort et à l’oiseau qui régnait dessus, dernier rappel d’une vie autre que la mienne. Mes pieds ont quitté la terre ferme pour pédaler au-dessus du néant, du chaos, de ce gouffre signifiant ma fin, je l’attendais depuis tellement longtemps. Mais... Mais dans un sursaut d’instinct de survie, mes doigts frôlant la branche ont cherché à s’y raccrocher. Encore maintenant je ne m’explique pas ce geste, je ne le comprends pas, je ne l’assume pas non plus. J’avais enfin la possibilité d’arrêter ce mal, cette désolation en moi, et comme la pire des suicidées indécises, je me suis rattrapée aux branches, la branche d’un arbre tout aussi mort que moi, un arbre surmonté d’un charognard. Et les pieds dans le vide, les paumes douloureuses, les bras gourds, j’ai eu de nouveau ce qui m’avait fait défaut depuis la forêt : un but. Je ne devais pas tomber, je ne devais pas lâcher, ce que je ferais ensuite dans cette terre de désolation n’avait pas d’importance immédiate, tout ce qui en avait c’était tenir, survivre, ne pas mourir. Et l’arbre semble si frêle, la branche si tordue et sèche qu’elle ne devrait pas, selon toute logique, pouvoir soutenir mon poids indéfiniment. Et pourtant elle tient, elle tient encore et toujours. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis suspendue au-dessus du vide, mais elle tient, elle tient plus que moi et mes mains moites, moi et mes bras flageolants. Je n’ose pas regarder en bas, je me doute qu’entre mes pieds il n’y aura que vide et ténèbres. Alors je continue de fixer le ciel au-delà de la branche. Je sais que je vais lâcher, personne ne peut tenir comme ça à jamais. Pour une fois je me rends compte de l’importance du mot «fin». La fin est trop proche. Mais j’en recule l’échéance. Parce que qui me dit que «fin» ne disparaîtra pas sitôt que j’aurais lâché la branche ? Et si c’était une chute interminable sans jamais s’écraser sur le sol ? Et si je voyais défiler les étages de l’immeuble, tous les étages, un immeuble qui ne serait que ça, des étages, sans aucun rez-de-chaussée ? Alors je m’accroche, je m’accroche toujours lorsque je sens mes pieds taper contre quelque chose de solide. Je dois rêver, parce que ce n’est pas possible, il n’y a pas d'échappatoire. Je ferme les yeux, m’attendant à ce que cette sensation disparaisse, mais au contraire elle s’intensifie, devenant plus réelle de minute en minute. Alors je baisse les yeux, m’autorisant à espérer autre chose que le vide. Ce n’est pas très net, ce n’est pas très solide, c’est juste une ébauche, comme un dessin pixélisé sur ordinateur, mais il y a bien quelque chose sous mes pieds, quelque chose sur lequel se reposer, quelque chose qui pourrait, éventuellement, non pas empêcher ma chute, mais au moins la reporter à plus tard. Ça se dessine en temps réel, les pixels se réduisant, rendant le dessin plus net. Le travail est lent, mais je commence à deviner un sol poussé, créé par les racines d’un arbre que je croyais mort. Il ne veut pas que je tombe, pas tout de suite, alors il m’offre un répit, une base en quelque sorte. J’ai peur, je suis méfiante, alors je ne pose que la pointe de mes pieds sur cette avancée de terre friable, et j’observe l’arbre avec curiosité. Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu fais ça pour moi ? Tu ne me dois rien. »

- II -
Pardon, que j'parle un peu moins fort?
Ah, on vous dérange en fait, merde...
Et ben si on t'dérange tu t'casses ou sinon tu fermes ta gueule
Tu regardes ton assiette et tu nous fous la paix 5 minutes
Le temps que j'termine, tu peux faire ça?
Qu'est-ce qu'il y a, ça t'gêne qu'on t'croise comme ça devant tout l'monde?
Ben ouais c'est chiant! J'comprends mon gars
Mais dis-toi que t'as d'la chance toi
Toi t'es né bien comme il faut, t'es solide, t'es cohérent
Tu mets personne mal à l'aise dans les restaurants
Tu dors bien sur tes deux oreilles
T'es un bon p'tit français, t'es beau, t'es bien
Comme un magazine de déco, comme une maison témoin
Ça n't'arrive pas ces choses-là, hein?
Tu vois absolument pas de quoi j'parle?
Et ben ouvre pas trop la porte de ton placard alors
Tu pourrais être surpris
Ça va t'faire tout drôle le soir où les choses
Que tu pensais avoir enfouies te feront savoir
Qu'en fait, elles étaient là, juste là, planquées sous le tapis
Elles sortent une main puis t'plante une seringue dans le pied
Avant de disparaître
Et alors là ça t'prend à la gorge, comme des odeurs d’ammoniac
Ça t'colle des sueurs froides, t'as les dents qui claquent
Mais non, j'me calme pas! J'me calme pas, il sait pas c'que c'est lui!
Il sait pas c'que sait que d'être un crevard
D'être mal-foutu, d'être une crasse, un pantin
D'être le terrain où le bien et le mal s'affrontent
Il sait pas c'que c'est!


Ploc. Ploc. Ploc. Le filet de bave s’écoulait lentement en laissant une tâche foncée sur le drap bleu. Achille dormait comme un bébé, plongé dans un sommeil très profond qui s’apparentait surement plus à un coma qu’à une simple « mise en veille ». Dans la chambre, les rayons du soleil s’engouffraient par la fenêtre laissée grande ouverte et venaient réchauffer avec douceur le visage de « la Bête » qui ronflait comme une vieille tronçonneuse : fort mais de manière irrégulière. Un vrai plaisir pour les oreilles sensibles. Cela faisait maintenant plusieurs semaines qu’il avait rejoint l’appartement, suite à la proposition de Luna et Nathan de lui offrir l’hospitalité en échange de ses services pour la cuisine, comme Luna était incapable de faire cuire quoi que ce soit sans que cela finisse avec l’apparence d’un morceau de charbon. Achille aurait pu refuser et partir avec ses parents pour les Caraïbes, mais les yeux de chat Potté que lui avait fait Nathan avaient eu raison de son bon sens. A vrai dire, il s’était presque tout de suite senti chez lui, une fois la gêne entre les garçons et les filles (Luna avait tenu à ne pas se retrouver en minorité et avait rameuté Louise) et la découverte des premiers jours passées, et c’était un sentiment qu’il n’avait encore jamais eu auparavant. Ici, il avait l’impression d’appartenir à quelque chose même si ses racines étaient encore très fragiles et hésitantes. Il avait un endroit où aller, où rentrer une fois la nuit tombée. Il n’était plus seul. Et puis surtout, ce n’est pas tous les millénaires qu’on croise une fille comme Luna, avec huit cases en moins et un cœur en or pareil. C’était un peu … la fille et Achille ne se lassait pas de l’observer, à chaque fois plus émerveillé devant les démonstrations de sa maladresse compulsive. Elle était culte, tout simplement culte. Alors qu’il s’apprêtait, dans un sommeil un peu plus léger, à se retourner avec la grâce d’un morse en surpoids, il passa une jambe en dehors des couverture et victime d’un spasme, glissa du lit pour tomber sur le sol, tête la première évitant de très peu le coin de la table de nuit. « Putain ! » s’écria-t-il de manière indistincte, étouffé par la couverture qui l’avait suivi dans sa chute. Si quelqu’un était entré dans la chambre à ce moment-là, tout ce qu’il aurait vu c’est une espèce de masse informe sur le sol, gigotant de manière grotesque et balançant ses jambes nues dans tous les sens, gémissant et prêt à fondre en larmes à la prochaine contrariété. Mais heureusement pour sa dignité, personne ne pénétra dans son territoire pour admirer le pathétique de sa situation et après plusieurs minutes d’un combat acharné contre les forces obscures du duvet, il réussit enfin à sortir sa tête et à respirer un peu d’air frais. Amen. Il ressemblait à un poussin qui vient de sortir de l’œuf, encore tout hagard et fragile et c’est donc sans surprises qu’il s’étala une deuxième fois par terre en essayant de se relever. Boulet tu es, boulet tu resteras. Quelques minutes plus tard, il réussit néanmoins à émerger presque complètement et à se traîner en dehors de la chambre, les cheveux en bataille et le regard en mode bug posé instantanément sur le derrière de Luna, comme si cela avait été un aimant et qui s’activait tandis qu’elle mettait le linge sale dans la machine à laver. Et c’est là, à seulement dix heures du matin, en slip rouge-t-shirt blanc qu’une idée germa dans sa tête. Le genre d’idée qu’il n’aurait jamais eu dans d’autres circonstances, le genre d’idée qu’il n’aurait jamais voulu avoir s’il avait été dans un état normal et non dans celui d’un mec dont la tête avait un peu trop souffert des chocs à répétitions qu’il lui infligeait en permanence, la pauvre. L’idée d’aller tester sa sexualité, avec Luna pour peut-être enfin être fixé sur ce qu’il était. Aimera ? Aimera pas ? Fermant les yeux pour reprendre des forces, il serra les poings et se déculpabilisa en pensant que de toute façon Luna avait beau être la sœur de son meilleur pote, elle semblait ne pas avoir beaucoup d’intérêt pour la gent masculine et puis elle était gentille, et sympa. Elle était un peu comme le test de grossesse super génial qui vous donne même le sexe du bébé quand vous pissez dessus … en gros, elle était le test idéal. Comme un athlète qui prend son élan, il recula de quelques pas avant de « foncer » sur elle, le regard toujours vissé à son postérieur qui continuait à se balancer de gauche à droite. ET BAM ! Dans une collision qui aurait pu faire des étincelles, il se retrouva collé à elle, plaquée contre le mur par le choc, un bras passé autour de sa taille particulièrement fine de poids plume, l’autre s’approchant de ses seins. Leur pose ressemblait plus à une prise de judo qu’à autre chose et surtout Luna ne bougeait plus, elle était complètement immobile et Achille se tordit le cou pour voir ce qu’il se passait. Dans le fond c’était peut-être normal, c’était peut-être le réflexe humain de toute femme qui se faisait prendre comme la proie coincée par la gueule du serpent ? Il pouvait faire ce qu’il voulait maintenant, c’est ça ? Non ?
Les écouteurs vissés à ses oreilles, distillant un des morceaux que Nath refusait de lui faire écouter, elle s’employait à ses tâches quotidiennes. Il était encore trop tôt pour prétendre à faire autre chose que de dormir, sauf que depuis l’arrivée d’Achille dans l’hôtel particulier, les nuits étaient de plus en plus courtes. Jamais de sa vie elle n’avait entendu pareil sinistre auditif que les ronflements de ce type. Du coup, la sieste avait été réinstaurée dans la maison. La sieste pour tous, sauf pour tête d’olive, sinon ça servait un peu à rien. Mais l’heure de la sieste était encore bien loin, et pour échapper à la locomotive occupant la chambre juste à côté de la sienne, elle avait eu l’idée de piquer l’iPod du frangin, tout en s’occupant du mieux qu’elle pouvait. Les tâches domestiques. Un jour elle apprendrait à ces hommes à faire une machine correcte, en attendant, afin de ne pas pourrir le peu de vêtements en sa possession, elle s’était résolue à faire le boulot elle-même. Ce fut donc au rythme des basses qu’elle enfourna dans le tambour une quantité alarmante de fringues de mecs. Putain, ils se changeaient 20 fois par jour ou bien hébergeaient-ils des clandestins à la cave ?! Le pire étant peut être les caleçons et slips qu’elle sortait du panier à l’aide de la pince à spaghetti qu’elle avait récupéré dans la cuisine. Elle venait justement d’en tirer un de la panière, et un peu surprise s’était redressée pour mieux l’observer. La pince à hauteur des yeux, elle contemplait avec surprise le slip bleu électrique agrémenté du « S » de Superman, qu’elle tenait à bonne distance de son visage, lorsque, brusquement, elle se retrouva projetée contre le mur, un bras scindant sa taille, l’autre progressant vers sa poitrine. Un peu sonnée, elle laissa son cerveau se charger de trouver une explication rationnelle à ce qui venait de lui arriver. C’était à cause du slip, c’est ça ? Elle jeta un regard à la chose toujours captive de la pince que l’impact ne lui avait pas fait lâcher. Elle venait de découvrir son identité secrète et il s’apprêtait à la tuer pour s’assurer son silence ? Tiens, c’est marrant, elle avait presque oublié à quel point il pouvait être grand, et la dominer de plusieurs têtes. Comment savait-elle qu’il s’agissait de lui et pas d’un autre ? Facile ! Nathan étant sorti tôt pour éviter les ronflements et Louise étant partie chercher de quoi se ravitailler, ils étaient seuls à la baraque. De plus, dans la collision, un des écouteurs avait glissé de son oreille, et la tronçonneuse ne se faisant plus entendre ne pouvait signifier qu’une chose : Achille était debout… et visiblement plaqué contre elle.
« Ok, ok, je dirais rien à personne, mais par pitié, dis-moi que c’est ton téléphone portable que je sens-là… » Souffla-t-elle une fois l’effet de surprise quelque peu passé. Il était collé à elle, tant et si bien qu’aucune courbe de son anatomie ne lui était épargnée. Il devait sacrément y tenir à son slip débile. Mais lorsqu’elle sentit la main continuer de glisser en direction de sa poitrine et… « Wooooohoooo Woh ! » … empoigner un de ses seins – par quel miracle était-il parvenu à en trouver au milieu de ces mètres de tissus lui servant de tee-shirt ? –  elle se douta que cette pulsion n’avait rien à voir avec le slip.
« Tu viens de signer ton arrêt de mort, Rocco ! » éructa-t-elle en attrapant le poignet de cette main pour le lui tordre de manière à lui faire lâcher prise, et reprendre ainsi l’avantage sur un agresseur plus grand et bien plus costaud qu’elle. En un mouvement rapide – et on dit merci aux années passées à se défendre contre un frangin bagarreur – l’agresseur se retrouva face contre terre, un bras coincé dans le dos, et une lilliputienne à califourchon sur ses reins. C’est ce moment que choisi Louise pour passer devant la porte ouverte de la buanderie, et hasarder un regard dans leur direction. Tiens, elle était rentrée ? Constatant que sa cousine n’avait pas besoin d’aide, elle la salua d’un signe de tête avant de reprendre sa route.
« Bien. » Reprit la blondinette.
« Si on reprenait depuis le début ? » Demanda-t-elle à sa victime en resserrant un peu plus sa prise sur son bras.
« Bonjour, Chichille. Bien dormi ? Belle journée, n’est-ce pas ? Combien de sucre dans ton café? » Quelqu’un avait oublié de prévenir Achille qu’après sa période Xena, Luna avait eu sa période Lara Croft ? Comme c’est dommage.
« Bobo … le bras … mes couilles … pitié » réussit-il à articuler en faisait exprès d’exagérer sa douleur tandis que Luna se trouvait à califourchon sur ses reins. Elle n’était pas franchement lourde mais la position était réellement très inconfortable. Bon, pas besoin d’être diplômé d’Harvard pour voir que sa tentative avait lamentablement échoué ce qui n’était pas vraiment très glorieux et il était bien content que personne d’autre à part eux deux n’ait assisté à cette scène d’humiliation. Voilà, c’était ça d’avoir de soudaines idées pourries au saut du lit. En tout cas, là, pour le coup, il était parfaitement réveillé et donc parfaitement conscient de ce qu’il venait de faire.
« C’est bon ? T’es calmé là ? » Demanda-t-elle en s’approchant de son oreille.
« Oui madame » répondit-il avec toute la dignité et l’humour qu’il lui restait, c’est à dire vraiment pas grand-chose. Elle consentit alors à le libérer de son emprise et il se mit à respirer comme un cachalot asthmatique. Faire le comique, c’était bien tout ce qui lui restait pour tenter d’effacer ce moment … bizarre. Il se releva en s’appuyant sur le bord du lavabo dont il ouvrit le robinet pour se rafraîchir la figure. Luna elle, s’était appuyé contre le mur et le regardait d’un air songeur en se demandant très certainement ce qui avait bien pu se passer dans sa tête. Ce qu’Achille se demandait lui aussi d’ailleurs parce qu’il était évident que Luna n’avait jamais été le « test idéal ». Premièrement elle était la sœur de son meilleur ami et deuxièmement, c’était son amie, son pote, sa bienfaitrice ça aurait été bizarre de … enfin bref. Il pouvait à peine s’imaginer la scène maintenant. Il éteignit le robinet d’eau froide et se tourna face à Luna tout en gardant son regard rivé sur ses mains. Il n’osait plus la regarder dans les yeux et il ne pouvait pas partir comme ça sans lui fournir une potentielle explication du pourquoi du comment, parce que c’était visiblement ce qu’elle attendait et de toute façon il ne pouvait pas y échapper parce que sinon la situation resterait aussi étrange qu’elle l’était maintenant et il se sentirait obliger de partir loin de là ce dont il n’avait absolument pas envie. Il allait falloir passer aux choses sérieuses, bien qu’Achille n’ait absolument pas prévu d’en parler. Pas aussi tôt en tout cas.
« Je suis vraiment désolé, ça a été une sorte de spasme, tu vois ? » Non, elle ne semblait pas vraiment voir. Achille inspira un grand coup et se laissa glisser le long de son propre mur. Il s’assit en tailleur et fut content de voir Luna l’imiter, elle avait bien compris qu’il s’apprêtait à lui parler de quelque chose de sérieux. Il commença alors à lui raconter l’histoire qui l’avait poussé, il y a plus d’une dizaine de minutes, à lui sauter dessus sans cérémonie, sans entrer spécialement dans les détails. Luna non plus de devait pas trop apprendre qui il était. Il préférait leur relation comme ça, avec tout le mystère sur sa personne et sans questions inutiles. No questions, no doubts.
Elle avait écouté la totalité du récit sans émettre le moindre commentaire, laissant son regard dériver par-delà la fenêtre lors des moments cruciaux où elle sentait qu’il ne pourrait supporter ses yeux posés sur lui. Elle ne parlait pas, ne commentait pas, mais il savait qu’elle écoutait, qu’elle se montrait attentive au moindre mot, au moindre souffle, au moindre soulèvement ou froncement de sourcils, au moindre signe extérieur de nervosité… Elle avait cette faculté de lire en l’autre et de savoir ce dont il avait besoin. Et pendant son récit, il avait juste eu besoin de se confier, de relater à voix haute ce qu’il gardait depuis trop longtemps en dedans. Il n’avait pas besoin qu’on lui tapote l’épaule ou qu’on ponctue chaque révélation d’un « je comprends », il avait juste besoin de se vider, d’évacuer ce trop-plein qui macérait depuis dieu seul sait combien de temps. Trop longtemps. Mais à présent qu’il s’était tu, elle savait qu’il avait besoin que le silence se trouve comblé par sa voix à elle. Il attendait une réaction, il l’espérait bonne sans trop y croire. Il s’était tellement érigé en coupable d’hérésie qu’il ne pouvait concevoir qu’un autre être puisse lui pardonner son geste inconscient, et le déchirement intérieur qu’il vivait depuis. Mais Luna n’avait jamais été très douée avec les mots. N’avait-elle pas été élevée au rang de Sainte Patronne des cruches maladroites par excellence ? Elle était le genre de fille à demander à un paraplégique si ça lui manquait pas de marcher, quand même. Alors là, il fallait qu’elle réfléchisse d’abord, qu’elle prenne son temps afin de ne pas sortir le premier truc qui lui passait par la tête ou de se lâcher en une diarrhée verbale désolante. Alors elle rompit le silence par un raclement de gorge qu’elle espérait suffisant pour le moment. Les yeux rivés à un point imaginaire au-dessus de la tête de Chichille, elle sentait son regard à lui peser sur elle. Et lorsqu’il détourna les yeux, ce fut à son tour de planter le sien sur lui. Un jeu du chat et de la souris visuel. De mieux en mieux. Il fallait qu’elle parle, qu’elle le rassure, qu’elle l’empêche de sombrer plus avant dans sa culpabilité dévastatrice, et le tout, si possible, sans se ridiculiser comme à son habitude.
« Donc… » Nouveau raclement de gorge. « T’es en train de me dire que tu sais pas vraiment si tu préfères les filles ou les garçons ? » Quel esprit de déduction, Luna ! Bravo ! Enième raclement de gorge, à ce train-là il allait la prendre pour une tuberculeuse, ou s’imaginer que si Poilu avait disparu c’est parce qu’elle l’avait bouffé et qu’une touffe de poil était restée coincée au fin fond de sa gorge. « Et t’as peur de préférer les hommes parce que… ? » Voilà qui était mieux. Ca permettait de lui montrer qu’elle ne le jugeait pas, qu’il pouvait bien être gay, drag-queen ou même transformiste, ça ne changerait absolument rien à ses yeux.
« Les petits strings en cuir clouté, c’est pas mon truc. » Piètre tentative d’humour accompagné d’un sourire en coin timide, et d’un regard fuyant. En d’autres occasions, Luna aurait certainement ri de cette blague, mais là non, parce qu’elle sentait la détresse sous-jacente, et qu’elle ne le laisserait pas s’échapper avec une pirouette malhabile. Alors son regard se fit menaçant, plus lourd et contraignant. Achille chercha à le fuir un moment, jonglant entre la porte, la fenêtre, le panier de linge sale, jusqu’à ne plus pouvoir prétendre ne pas la voir, ne pas la sentir. Il lâcha un profond soupir à fendre l’âme, et ses lèvres expirèrent un murmure presque inaudible. « Je voudrais juste savoir… » Voilà ce qui avait échappé à Luna, ce qu’elle avait oublié en route, la raison de toute cette confession : Il avait tenté de tester son orientation sexuelle sur elle, il avait cherché à savoir ce qu’il était, qui il était en se servant d’elle comme cobaye de son expérience. Elle en venait presque à regretter sa réaction excessive. Après tout, il n’avait rien fait de mal, si ? Une petite voix sournoise et désobligeante se moqua d’elle dans son crâne, lui répétant que c’était le meilleur ami de son frère, et que de toute évidence, se faire coller contre un mur, un sein coincé dans la paume d’un homme qui n’était pas son petit-ami n’était pas ce qu’on pouvait faire de plus intelligent dans l’immédiat. Ouais, c’est sûr, la petite voix avait certainement raison, mais… c’était Chichille, bon sang ! Aussi inoffensif qu’un chiot venant de naître. Ou presque. Il ne demandait pas grand-chose, son bonheur et sa santé mentale ne tenait pas à grand-chose, juste un test. Alors l’idée à la con, non l’idée à la con du siècle, vint à germer dans l’esprit à la con, non l’esprit à la con du siècle de Luna de Monti. « Pourquoi pas ? » Voilà ce à quoi se résumait cette idée. Deux petits mots et un point d’interrogation. Alors, se redressant sur ses genoux, elle entreprit de combler les quelques mètres les séparant pour le rejoindre contre son mur à lui. Et pendant son cheminement à genoux, alors que toute femme sensée se serait remise en question, aurait douté de ce qu’elle s’apprêtait à faire, l’esprit de la jeune blonde n’était, quant à lui, focalisé que sur une seule pensée alors que son regard se portait tout autour d’elle : « Alors c’est comme ça que Mimi Mathy voit le monde ? ». Elle se laissa glisser à côté de lui, et alors qu’il s’attendait probablement à un geste de réconfort ou autre, elle pressa deux doigts sous son menton pour l’obliger à relever la tête vers elle. Elle ne supportait pas son air penaud d’alcoolique repenti. Elle savait que toutes les paroles de réconfort ne lui seraient d’aucune aide, que tous les gestes de soutien lui sembleraient ridicules et dérisoires. Alors elle fit la seule chose dont il avait réellement besoin, et approcha son visage du sien. Elle ne manqua pas son regard étonné, puis presque effrayé tandis qu’elle fondait inexorablement sur lui, mais elle ne se laissa pas contaminer par sa gêne ou son hésitation, et rapidement ses lèvres vinrent frôler les siennes. Sans rien brusquer, elle attisa sa bouche. Puisqu’il était question d’une seule et unique fois, autant faire les choses bien, comme il faut, ne pas se jeter sur lui afin de se débarrasser le plus vite possible de cet acte pour le moins étrange. Il s’agissait d’un test, un vrai test, et pour un résultat concluant, elle ne devait rien bâcler. Ses doigts qui avaient crocheté sa nuque pour l’empêcher de fuir, glissèrent dans son cou en comprenant qu’il ne comptait pas s’échapper. Ses lèvres finirent par se poser délicatement sur les siennes, et son souffle se mêla au sien tandis qu’elle les entrouvrait légèrement. Ses doigts s’accrochèrent au col de son tee-shirt, l’élargissant par mégarde, et le bout de sa langue força lentement le passage de ses lèvres. D’abord distant voire réticent, elle le sentit se détendre contre elle, et glisser une main respectueuse sur sa taille, avant de la contourner et de s’établir dans son dos afin de ramener son corps au plus près du sien. C’était tout à la fois, étrange et doux, dérisoire et vital. Elle n’avait pas embrassé beaucoup d’hommes dans sa vie, et jusqu’à aujourd’hui aucun n’avait compté. Aurait-elle pu comparer ce baiser aux autres ? Non. Avec Achille c’était… enfantin. Oui, c’était ça, enfantin. Deux enfants qui s’embrassent maladroitement dans la cour de récré après que le garçon ait demandé à la fille si elle voulait bien être sa copine, et que la fille eu délaissé quelques secondes sa corde à sauter pour lui répondre un « Euh… Ouais d’accord, s’tu veux. » dans un haussement d’épaules. C’était une formalité. Il n’y avait pas cette boule de feu que faisait naître Nathan dans son bas ventre. Ce n’était pas désagréable pour autant, ni dérangeant au point de se mettre à cracher par terre ou à se gratter la langue à coup d’ongle pour effacer le mal, non, c’était même assez agréable, sans être bouleversant. Néanmoins elle s’appliquait, mettant tout son cœur à l’ouvrage, avec une tendresse et une sensualité dont elle ne se serait jamais crue capable. Après ce baiser, Achille devrait être fixé, alors autant ne pas faire les choses à moitié. Et puis, autant être honnête, cette dose de tendresse qu’il lui servait sur un plateau doré, la cajolant contre lui et l’emprisonnant dans une étreinte douce et timide, avait quelque chose de réconfortant, comme une balise en pleine mer à laquelle elle aurait pu se raccrocher le temps que la tempête de sa vie se calme d’elle-même. Ses lèvres jouèrent encore quelque peu avec les siennes, capturant, mordillant, soignant à tour de rôle, puis dévièrent en direction de son cou. Là, si elle avait été avec un autre, elle aurait poursuivi son activité bucco-dentaire dans cette zone à l’épiderme si sensible. Mais ce n’était pas un autre, c’était lui, aussi se contenta-t-elle d’appuyer son front contre son épaule le temps de… le temps de quoi au juste ? De se préparer à affronter la gêne qui allait suivre ? Non, juste le temps de le vampiriser encore un peu, histoire de gratter la tendresse qu’il avait à lui offrir puisque dans très exactement trente secondes, ils allaient se remettre à se poursuivre armés d’ustensiles en tout genre dans le but de tuer l’autre, ou alors de lui faire très très mal afin que ça lui serve de leçon. La tendresse entre eux, c’était assez rare. Tout l’amour qu’ils se portaient passait dans les coups qu’ils se distribuaient. Finalement, s’extrayant de sa cachette, elle déposa un baiser on ne peut plus pieu et chaste sur sa joue, avant de se reculer légèrement pour le sonder du regard.
« Alors ? » Demanda-t-elle en affichant un pli soucieux entre les sourcils. « Popol ou pas Popol ? »

« Hors de question ! » Le gamin de 18 ans à la beauté presque surréaliste tira une nouvelle fois sur le petit cylindre de nicotine, avant de laisser échapper une volute de fumée d'entre ses lèvres rosées et accueillantes. Il avait prononcé ces mots avec un calme olympien, et une autorité naturelle, comme s'il ne doutait pas un seul instant qu'il serait obéi. Il fixa le ciel couvert de coton blanc, avant de reporter son regard chocolat sur la jeune fille de 15 ans, assise à ses côtés.
« Il ne me semble pas t'avoir demandé ton avis. » Répondit-elle sur le même ton, avec le même calme, et la même confiance en elle que son aîné, s'offrant même le plaisir d'afficher un léger sourire en coin, avant de récupérer la cigarette entre les doigts du jeune éphèbe pour la porter à ses lèvres.
« Tu n'as pas le droit, Luna ! » Voilà, il avait perdu son calme ! Luna = 1; Nathan = 0 ! Il s'était tourné de trois quart afin de faire face à l'agaçant profil de sa sœur. « C'est contre nature ! C'est... C'est... C'est de l'inceste !! »
« De l'inceste ? Rien que ça ? » Demanda-t-elle dans un léger éclat de rire. « Est-ce que tu sais au moins ce que ça veut dire ? »
« Évidemment ! Je ne suis pas inculte ! C'est mon meilleur ami ! C'est comme mon frère ! Il est donc le frère de ton frère, par conséquent ton frère par procuration. »
« Rien à faire de la procuration. »
« Luna ! »
« Thanthan ? » Il ne supportait pas quand elle l’appelait comme ça. Nathan enrageait, Luna jubilait.
« Tu ne peux pas te trouver un autre mec ? Pour moi, s'il te plait ? »
« T'as qu'à pas avoir des potes aussi canon. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi, frérot. » Dans un sourire triomphant, elle envoya, de l'index, le mégot voler au-delà de la rambarde du toit-terrasse de leur maison. Nathan et Luna n'avaient que deux ans de différence et étaient si similaires au niveau de la personnalité qu'ils passaient leur vie à s'adorer ou se détester. Aujourd'hui, nul doute que Nathan détestait sa sœur. Il venait d'apprendre qu’Achille, son meilleur ami, avait demandé à Luna de sortir avec lui, et Luna s’était empressée de répondre par la positive.
« Je vais le dire à Papa ! Il t'empêchera de sortir ! » S'empressa-t-il de s'exclamer avant que sa sœur ne passe la porte ramenant au grenier.
« Alors je lui dirais que tu fumes en cachette. » Répondit-elle le plus calmement du monde.
« Tu fumes aussi, je te signale ! »
« Oui, mais moi j'ai quelque chose que tu n'as pas... » Elle tourna son visage malicieux vers son frère, avant d'ajouter « Des chewing-gum. » Elle en glissa un entre ses lèvres, avant de disparaître par l'échelle.
« Démoniaque poison manipulatrice ! » Grommela-t-il en donnant des coups de poing dans l'air.

Ce que Nathan ignore bien sûr, c’est qu’en réalité, Achille aime les garçons, et Luna a juste accepté de lui servir de couverture pour la dernière année au lycée. Ça a beau être le vingt-et-unième siècle, c’est fou ce que certains lycées privés peuvent être réac encore ! Alors les deux adolescents donnent le change, Nathan leur fait la gueule pendant un mois. Luna pleure à nouveau la nuit, elle est malheureuse. Mais la journée, elle affiche un sourire rayonnant, un rire qui sonne faux. Elle voit Nathan qui continue d’enchaîner les petites copines, et parfois les filles sont même sympas, mais il n’y a rien à faire, elle souffre. Elle n’arrive pas à se défaire de ce stupide amour. Et Achille n’est pas stupide, encore moins aveugle, alors il ne tarde pas à la confronter à son problème. Encore une personne de plus au courant ! Luna en vient à se demander comment ça se fait que Nathan ne le sache pas. A croire que c’est lui l’aveugle. Achille la traite comme il le ferait avec un petit-ami, et parfois ils échangent quelques baisers dans les couloirs du lycée. Ils sont plutôt bons acteurs tous les deux, mais ils ne parlent jamais de sentiments. Et puis Luna craque. C’est trop dur de rester dans cette situation de mensonge pour elle, elle a le mensonge en horreur, elle, à qui tant d’éléments de sa vie sont cachés. Alors la scène de la rupture en plein milieu de la cour du lycée fait sensation. Achille ne lui en veut pas, ils sont toujours amis, même s’il faut continuer de jouer un autre jeu à présent. Luna sort avec d’autres garçons, mais elle ne s’attache pas. On la catalogue comme handicapée des sentiments, et les lycéens mâles sont prévenus : s’ils obtiennent une place à ses côtés, ça ne sera toujours que temporaire.

Le vent soufflait une brise matinale mouillée sur Paris en cet instant. La ville était encore endormie, à peine illuminée des premiers rayons de soleil du jour qui s'éveillaient en face d’elle. Cette jeune femme qui observait avec délice l'aurore qui se levait, le vent fouettant doucement ses longs cheveux blonds aux reflets chatoyants qui lui dépassaient largement les épaules. Ses lèvres s'étendirent en un léger sourire alors qu'elle fermait les yeux et étendait les bras, respirant une nouvelle grande bouffée de cet air chargé d'humidité. Elle rouvrit brusquement les paupières, et ses immenses yeux verts se baissèrent vers ses pieds, puis vers cette étendue d'eau sous elle, et son sourire s'élargit. Vous êtes-vous déjà senti libre ? Le vrai sentiment de liberté, le plus pur, le plus indomptable. Cette irrésistible montée d'adrénaline, cette bouffée de témérité traversant vos veines à la vitesse de la lumière, cette légère folie qui s'empare de vous sans que vous n'ayez le temps d'essayer de vous défaire de cette emprise, et déjà votre corps n'aspire plus qu'à courir loin de votre vie. Déjà votre âme veut sortir de cette enveloppe corporelle et s'en aller conquérir le monde à la recherche de n'importe quelle sensation aussi enivrante. Une liberté aussi légère qu'une brise matinale mouillée, qui se glisse sous chacun de vos vêtements, s'insinue dans chacun des pores de votre peau, intoxique chaque cellule de votre organisme. Elle, oui. En cet instant-ci, Luna de Monti se sentait libre, maîtresse de son destin, maîtresse de ses pensées et de ses envies, maîtresse de sa vie, debout, face au soleil, sur le pont des arts de Paris. Elle se sentait encore minuscule face à l'immensité d'un monde qu'elle se voulait conquérir dans sa poussée d'invincibilité. Elle était simplement heureuse, simplement légère. Et présentement, souriant comme jamais dans sa vie, Luna se demandait si elle voulait sauter. Elle n'était pas venue pour ça. Elle était toujours venue pour ce sentiment de puissance et de faiblesse qui la perdait l'espace d'un lever de soleil. Aujourd'hui elle se demandait si elle allait sauter, toucher le ciel, goûter l'infini, savoir voler, avant de plonger dans les eaux glacées. Allait-elle aujourd'hui réaliser le paroxysme de sa liberté ? Son regard perdu devint un peu fou alors que la séduisante idée faisait son chemin dans son esprit. Goûterait-elle le Paradis par sa simple volonté ? Une nouvelle bourrasque de vent fit claquer ses vêtements et envoya un frisson parcourir sa colonne vertébrale. Non. Elle voudrait retrouver cette liberté demain encore. Et après-demain encore. Et sa délivrance suprême lui paraîtrait fade aujourd'hui. Elle ne l'avait pas encore assez attendu. Elle devait encore tenter trop de choses avant. Elle ferma les yeux et ramena ses bras, les serrant autour de sa poitrine alors qu'elle relevait le menton, laissant son esprit accomplir ce saut sans son corps.

Parfois, Luna déteste le fait d’être surdouée. Elle déteste par exemple le fait que Nathan puisse avoir son propre appartement alors qu’il entre à l’université pour étudier les sciences politiques. Sauf que Nathan est majeur, contrairement à elle, et même avec son double cursus histoire de l’art et littérature, Luna est obligée de rester vivre à l’hôtel particulier pendant que son frère se tape sa première garçonnière. Luna a des crises d’angoisses, elle voudrait que Nathan revienne. Bien sûr, elle ne lui en dit pas un mot.

Que faisait-il ? Où était-il ? Avec qui ? Pourquoi ? Luna repoussa les draps qui lui entouraient les jambes et sortit du lit, incapable de trouver le sommeil. Comme à chaque fois qu’elle tentait de se reposer, son visage s’imprimait sur ses paupières dès lors qu’elle fermait les yeux, l’empêchant de trouver le repos. Toutes ses questions qu’elle avait tenues éloignés de son esprit le temps de la journée, en se focalisant sur ses études, resurgissaient à la nuit tombée lorsqu’elle se retrouvait seule dans son lit. Elle se redressa avec difficulté, la douleur dans son cœur était réapparue quelques jours plus tôt, elle avait presque oublié ce que c’était que d’avoir mal, elle s’était habituée à cet état d’euphorie permanente qui la maintenait la tête hors du trou pendant ces deux semaines où Nathan était revenu au domicile familial. Et comme à chaque fois qu’il partait, il emportait avec lui son cœur, son âme dans ses bagages. Elle n’avait le goût à rien, l’envie de rien, elle se forçait à agir, à travailler, à se démener pour préparer des partiels auxquels elle ne trouvait plus de sens s’il ne se partageait pas sa réussite avec elle. Elle soupira, fourragea dans sa chevelure blonde et se mit à marcher de long en large dans la chambre de l’hôtel particulier parisien. Où était-il en ce moment ? Se trouvait-il en route d’un bar où retrouver des amis ? Ou bien peut-être avait-il rendez-vous avec une fille ? Est-ce qu’elle lui manquait ? Pensait-il à elle ? Quelles étaient ses intentions ? Il lui manquait, son absence la dévorait de l’intérieur, il lui manquait, sans lui l’oxygène n’avait pas le même goût, la vie n’avait pas de saveurs. Tous ces clichés qu’elle avait autrefois pu juger ridicules au sujet de l’amour, que sans l’être aimé la vie ne valait rien, tous ces clichés, dont elle avait ri, qu’elle avait jugés ridicules, prenaient soudainement corps sous ses yeux. Elle ne pouvait imaginer être « privée » de lui une seconde désormais. Il était sa raison de vivre. Etait-il avec une autre ? Cette question qui la rongeait ? Bien sûr qu’il choisirait un avenir qu’elle ne pouvait lui offrir, un où elle n’aurait pas sa place, avec une femme qu’elle ne connaissait pas mais qui l’aurait mieux compris qu’elle. Etait-il entre d’autres bras ? Reviendrait-il ? Lui reviendrait-il ? Elle était en passe de devenir folle, elle arrivait à peine à croire que tout ceci était réel. Comment pouvait-il la quitter un seul instant ? L’idée même de le laisser l’aurait rendue malade, son absence la rendait malade, l’imaginer autre part, avec une autre, loin d’elle, lui déchirait le cœur, lui retournait l’estomac. Elle ne pouvait même pas imaginer comment elle avait réussi à le laisser partir. Elle aurait dû le retenir mais ce qu’il désirait passait au-dessus de ses propres envies, il était tout ce qui comptait pour elle, il était tout pour elle, aussi s’était-elle sacrifiée, s’amputant d’une partie d’elle-même par la même occasion. Elle voulait le revoir. Elle voulait le garder prisonnier dans cet appartement. L’empêcher de la quitter. Elle avait mal. Elle souffrait, chaque jour passé loin de lui accentuait cette déchirure en elle. Chaque recoin de cette ville était hanté par sa présence, son odeur. Il lui avait pris le cœur. Il était parti sans promesse de retour. Comme à chaque fois. Elle soupira une fois de plus. Elle en était incapable, elle ne pouvait s’éloigner de lui, l’éloigner d’elle. Une nouvelle nuit agitée s’annonçait. Et déjà les migraines refaisaient leur apparition. Il lui manquait. Cet amour la consumait.

Morgane et Nathan. Nathan et Morgane. C’est la première fois qu’il présente une femme à leurs parents. Et l’histoire se prolonge, comme un cauchemar sans fin. Les années se succèdent dans leur relation, et Luna s’en rend de plus en plus malade. Mais bien sûr, personne ne semble le remarquer, et elle fait tout pour le cacher. Elle n’arrive même pas à détester Morgane. La pauvre, ce n’est pas de sa faute après tout. Du coup, elle fume. Cigarette sur cigarette, elle fume. Elle bousille sa vie à petit feu, se fichant bien des maladies mortelles qu'elle peut avoir. Fumer tue, mais il la tue déjà lentement, il la piétine aussi doucement que possible mais sans échappatoire. Alors, pour oublier, elle prend un paquet de cigarettes, un briquet. Elle aspire la fumée, la rejette avec un soupir de bonheur. Elle se bousille les poumons, elle met des cendres partout. Et elle s'en fout. Elle fout sa vie en l'air, mais c'est sa vie, elle en fait ce qu'elle veut. La cigarette la calme, la détend. La fumée âcre s'engouffre en elle, et elle oublie sa fierté oubliée, elle oublie son corps qui la dégoûte. Elle oublie tout ça, pour ne sentir que ce calme donné par la nicotine. Elle perd entre sept et onze minutes de vie à chaque fois. Elle réduit son espérance de vie. Mais elle s'en fout. C'est lui qui la fait fumer, lui qui la fait oublier. Lui qu'elle a besoin d'oublier. C'est son vice, c'est sa déchéance. Et ça, c'est lui qui en était responsable.
Elle n'est qu'une petite conne, en fin de compte. Une petite conne qui non contente d'être tombée amoureuse de son demi-frère, ne parvient pas à l'oublier. Une petite conne qui fume, se rebelle tout en restant dans les rangs. Une petite conne orgueilleuse et seule, qui oublie toute fierté quand Nathan la regarde. Une petite conne incapable de s'assumer sous le regard vert émeraude de Louise. Une petite conne qui ne fout plus rien, s'estimant assez douée pour réussir sans travailler. Une petite conne qui sait qu'elle a tort, mais qui s'en fout. Une petite conne bourrée d'illusions qui disparaissent les unes après les autres. Une petite conne qui se surestime en sous-estimant les autres. Une petite conne qui voit des gens remonter dans son estime pour des simples mots. Une petite conne trop belle et trop froide pour pouvoir en être fière. Une petite conne amoureuse de vingt ans qui veut mourir à 30 ans d'une overdose. Une petite conne incapable de se taire, qui dit ce qu'elle pense quand on le lui demande. Une petite conne qui, durant une révolution, sera chef de file. Une petite conne qui se fera abattre dès la première manifestation, dès la première opération. Une petite conne qui restera dans les mémoires comme posthume, une petite conne qui se fout du monde et de ses règles mais qui s'y plie quand même pour qu'on lui foute la paix. Une petite conne incapable de se satisfaire de ce qu'elle peut avoir, une petite conne qui ne remarque même pas l'estime et l'admiration qu'on peut lui porter. Une petite conne qui traverse la vie, les gens, les lieux et les temps avec une arrogance non dissimulée. Une petite conne qui n'est qu'une fille, qu'une femme totalement perdue, totalement amoureuse.

C’était un jour à marquer d’une croix dans le calendrier. Cela faisait des années qu’ils n’avaient pas tous été réunis pour un dîner en famille. La célébration de leurs masters obtenus la veille. Tout se passait très bien, et puis Nathan s’était levé pour porter un toast. Et il avait lâché la bombe du siècle. « Morgane a accepté ma demande en mariage. Tout aura lieu au printemps prochain. » Le silence s’était fait autour de la table, et avant que Thomas ou Rossella aient pu exprimer leur félicitations, Luna avait ri. Devant l’air outré de Nathan, elle avait simplement demandé ce que cette blague signifiait. C’était évident que ce mariage courait à la catastrophe, et Luna ne le pensait pas simplement à cause de l’amour qu’elle portait au jeune homme. Elle savait lire les gens, et elle avait vu qu’il n’était pas aussi heureux qu’il voulait le faire paraître. Mais de là à aller s’empoisonner l’existence ainsi… alors elle le lui avait expliqué. Et suite à la réponse blessante qu’il lui avait faite, elle avait reposé couteau et fourchette, et s’était levée de table. Il lui avait fallu moins d’une minute pour récupérer veste et sac à main et partir.
« Tout le monde n’est pas handicapée des sentiments comme toi, Luna. »
Elle errait dans les rues de Paris, aveugle quant à sa destination. Elle ne savait pas où elle était précisément quand elle se laissa tomber sur un banc. Jamais encore elle ne s'était sentie si mal. "Mal" n'était pas encore un terme assez fort. Elle n'était pas simplement mal, elle était dévastée, déchirée, elle n'était plus qu'une boule de douleur, une plaie qui recouvrirait chaque centimètre carré de son épiderme, rendant le montre contact avec le monde extérieur douloureux, d'une intolérable cruauté. Elle n'avait pas souvenir d'avoir jamais autant souffert de sa vie. Cette souffrance telle qu'on en vient à se dire que la mort est préférable. Au moins dans la mort elle serait anesthésiée, elle n'aurait plus mal, elle ne sentirait pas ce vide en elle. De toutes manières elle était déjà morte ! Elle avait déjà rendu son dernier souffle lorsqu’il lui avait balancé ces mots. Elle aurait voulu s'interdire de penser, d'y penser, mais comment faire lorsque votre vie, votre univers tout entier a été réglé sur un seul être. Chaque minute, chaque seconde s'échappant n'était qu'un rappel de cet intolérable manque. Elle n'était plus elle s'il n'était pas à ses côtés. Elle avait connu le bonheur, elle avait connu la plénitude, elle avait trouvé cette place qu'elle avait longtemps crue inexistante, et maintenant on lui avait retiré tout ça. Pourquoi ? Elle ne le savait pas... Sur un coup de tête. Il avait choisi seul. Seul il avait scellé leurs destins et non plus leur destin. Il avait rompu serment et promesse, et l'avait abandonné seule sur le bord de la vie. L'inconvénient avec le bonheur c'est que tant qu'on ne le connait pas, on n'a pas conscience d'à quel point notre vie était triste avant... et après...Elle vivait ainsi, à présent, roulée en boule autour d'elle-même, prenant conscience de son incroyable petitesse, de son inutilité. Elle n'avait vécu qu'à travers lui, qu'à travers le soutien qu'elle pouvait lui apporter, aujourd'hui pourquoi vivrait-elle ? Elle n'était même pas l'ombre d'elle-même, elle était son ombre à lui. Et une ombre sans sa source de lumière ne peut survivre. En la surprenant ainsi, en constatant son état, un individu extérieur aurait pu se dire qu'elle attendait la mort, et il n'aurait pas eu tort. Elle n'aspirait qu'au sommeil, qu'à cet état comateux qui l'empêchait d'avoir mal, même si elle savait que dès son réveil, tout recommencerait...
Après une nuit passée dans la fraîcheur d’un été parisien, Luna avait repris un semblant d’esprit et était allée frapper à la seule porte qu’elle lui savait toujours ouverte : celle de Louise. Cette dernière avait voulu poser tout un tas de questions devant le visage en larme de sa cousine, mais Luna avait gardé le silence, alors l’autre jeune femme avait laissé tomber. Elle l’avait laissé s’installer dans la chambre, toujours murée dans ce silence. Luna l’avait entendu, à travers la porte, appeler Rossella pour la prévenir qu’elle était là. Il faut dire que l’Italienne avait refusé tous les appels qui avaient pu lui être passés la nuit précédente.
Elle était enfin parvenue à s'endormir, elle était venue à bout de son cerveau et de ses lourdes pensées qui la maintenait en éveil permanent. Un semi-éveil, puisqu'elle n'avait plus vraiment conscience de ce qui l'entourait. Elle était recluse de son propre cerveau, vivant en hibernation à l'intérieur d'elle-même. Elle ne vivait pas réellement, elle survivait, réglant sa vie de façon primaire, manger-boire-dormir, et basta. Pourtant elle mangeait peu, très peu, et en règle générale elle ne gardait rien, et elle dormait mal, luttant pendant de longues heures avant de sombrer. Elle n'avait plus le goût à rien, comme si toute envie l'avait quitté. Elle n’avait envie de voir personne. Elle n'aspirait qu'à dormir. Lorsqu'elle était dans cet état d'inconscience elle ne ressentait plus la douleur, elle n'avait plus conscience de rien, elle errait dans un trou noir aseptisé, une sorte de mort temporaire où elle ne pensait plus à rien. Malheureusement cet état était bien dur à atteindre. Recroqueviller sur elle-même, elle se terrait de son côté du lit, fermant les paupières très fort comme une enfant qui a peur du noir. Elle mettait de longues heures avant de trouver le repos si mérité. Aussi, lorsqu'elle était dans cet état d'abandon du corps et de l'esprit, il ne fallait pas l'en sortir. Toute la journée elle avait rêvé de cet instant, toute la journée elle avait attendu que le soleil tombe afin d'avoir une bonne excuse pour rejoindre ces draps, et enfin ce moment était arrivé. Elle avait fermé ses paupières, elle avait serré ses poings, elle avait mordu sa lèvre pour retenir les larmes qui la menaçaient chaque fois qu'elle constatait à quel point le vide avait pris la place du plein, et finalement elle avait sombré dans le néant d'un sommeil sans songe. Pourtant, une poignée de minutes à peine égrenée, et voilà que quelque chose teintait dans son crâne. Un grésillement. Comme une nuée d'insectes tournant autour d'elle. C'est en tout cas ce que son inconscient lui disait. Son néant si réconfortant se transforma rapidement en cauchemar. Elle avait conscience d'être endormie, elle savait que tout ceci n'était en rien réel. Pourtant elle vivait cette intrusion comme une injustice, et pleura sa petite mort qui l'avait abandonné. Ses doigts s'agrippèrent à sa couette qu'elle ramena contre elle, contre son visage déjà noyé de larmes... Elle était à bout, à bout de nerfs, à bout de patience, à bout de fatigue, un simple bruit au milieu du silence venait de la faire craquer. Une réaction, enfin elle avait une réaction. Une réaction violente, qui plus est, puisqu'elle se mit à taper du poing contre le matelas à grand renfort de sanglots frénétiques. Elle n'était plus dans son rêve, elle l'avait quitté dès l'arrivée des insectes, mais elle n'en demeurait pas moins les paupières closes, dans le stupide espoir de fuir encore un peu la réalité. Ce ne fut que lorsque ce bruit nuisible refit son apparition, qu'elle accepta d'ouvrir un œil, intriguée par la provenance de ce grésillement sourd... Ses mains maladroites tentèrent d'essuyer les larmes de ses joues, alors que ses yeux s'habituaient à l'obscurité de la chambre. Sur la table de chevet une lueur attira son attention. Son portable ? C'était son portable vibrant contre le bois du meuble qui avait provoqué tout ça ? Excédée, elle s'empara de l'appareil pour constater qu'elle avait deux appels en absence. L’un était de Rossella, l’autre de Milo. Elle ignora le premier et enclencha le rappel automatique pour le second.
Un bout de papier allait lui sauver la vie. Elle n’emportait rien de cette ville, elle laissait sa douleur à Paris. Un instant, Luna songea à son téléphone qui était resté sur le lit chez Louise. L’hôtesse de l’air lui fit un sourire poli, comme elle se devait de le faire, avant de lui indiquer sa place dans l’avion. Milo l’attendrait d’ici une heure à l’aéroport de Rome. Elle avait passé quelques jours chez Louise, des jours où elle avait attendu une mort qui ne venait pas. Personne ne meurt d’un chagrin d’amour. Alors Luna allait reprendre sa vie en main. Et pour cela, rien de tel que l’Italie.

Comment est-ce que tu peux penser qu'tu tiens à moi si moi-même j'y tiens pas?
Pourquoi tu dis qu'tu m'aimes alors que moi-même j'me déteste?
Pourquoi t'es là, pourquoi tu restes?


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MessageSujet: Re: Fuis-moi comme le choléra   Ven 27 Mar - 12:19

I never stopped loving you, I just stopped showing it

« C’était comme un chant transfiguré par mes tympans en quelques symphonies funèbres joué pour la mort, pour ma mort, chaque mot m’interpellant, me heurtant de plein fouet, comme autant de piqures sur chaque centimètre carré de peau disponible, un violent rappel de ce que j’étais, de ce que j’avais souhaité et appelé de mes vœux, une violente délivrance, bras bienveillant se tendant vers moi dans le but de me secourir en m’entrainant loin de tout cela, loin du vivant, loin du profane, dans un espace sacré et paisible et blanc... blanc... un blanc dont je ne voulais plus. Je ne voulais plus mourir. J’avais besoin de vivre. J’avais besoin de ce réveil soudain, de ce renouveau qui me sauverait.»

- III -
Non pas ce soir, pas ce soir laisse-moi s'il-te-plait
Non j'veux pas y aller, j'veux pas rentrer, j'veux pas dormir
Mais surtout non j'veux pas parler
Ce soir j'veux juste hurler
J'ai besoin d'ouvrir les vannes, tu comprends, de tout lâcher
Comme un puceau qui ment, de hurler mes mots pesants
Avec ma voix d'adolescent qui a jamais mué
De hurler ma peur de l'abandon, ma recherche frénétique d'attention
Mon besoin d'reconnaissance en permanence, comme un chien des caresses
Mes tentatives désespérées d'me faire passer pour un mec que j'suis pas
Et que j'serai probablement jamais
De hurler mon absence de courage, ma cruauté, ma politesse maladive
Mon optimisme débile, mon zèle dangereux
Mes réflexes à la con, mes accès de colère
Ma culpabilité bidon, ma sexualité en vrac et mes fantasmes tordus
De hurler ma peur panique des autres, ma mesquinerie sournoise
Mes regrets, mes erreurs, mes névroses
Mes obsessions, mes méta-obsessions
Ma phobie de la douleur, de la perte, du suicide, de la dépression

« Ma ! Je te reconnais toi ! »
Luna releva brusquement sa tête endormie du matin et pas toujours très belle à voir, en direction de la voix qui venait de s’élever distinctement entre toutes les autres, comme si elle lui avait été adressée à elle, et à elle seule. Mais ce n’était surement pas le cas, personne ne la connaissait ici ou plutôt personne n’aurait pu la reconnaître à moins qu’elle n’ait à faire à un des voisins de Milo. Elle chercha du regard la source de cette exclamation et après quelques secondes de recherches actives, ses yeux se posèrent sur une vieille femme aux cheveux blancs, étincelant dans la lumière matinale, son sac en cuir noir vissé sur l’épaule et le visage éclairé de détermination et qui se dirigeait … droit sur elle. Ou en tout cas, elle en donnait fortement l’impression, avançant d’un pas décidé et impérieux. Et à mesure qu’elle approchait, Luna la reconnut. Ce n’était pas qu’elle la connaissait personnellement ou qu’elle lui ait jamais parlé mais tout le monde ici ou plutôt tout habitant du Quirinal qui se respectait un minimum, connaissait Simonetta autant qu’elle même connaissait tout le monde, ne serait-ce que de nom ou de vue ou grâce à un secret de famille ou une anecdote croustillante tombé par mégarde dans ses oreilles attentives. Cette femme savait toujours tout sur tout, c’était un peu la mascotte du coin, et personne ne pouvait la louper. Mais Luna n’y avait jamais eu à faire et elle ne voyait pas en quoi quelqu’un pouvait lui avoir raconté quelque chose d’intéressant à son propos étant donné qu’elle avait passé la majeure partie de son temps en Sardaigne et que depuis qu’elle était là, aucun événement n’avait marqué sa vie. Ou du moins, aucun évènement important. Elle tourna la tête à droite et à gauche afin de voir si elle ne s’adressait pas à quelqu’un d’autre mais apparemment, non. Les autres occupants du banc étaient tous plongés dans leurs journaux, ou avaient le nez sur leurs téléphones portables. Elle semblait être la seule à l’avoir entendue, cette exclamation sortie tout droit de nulle part et maintenant que la vieille femme se retrouvait à seulement quelques pas d’elle, elle commençait à avoir peur. Elle n’avait rien à se reprocher n’est-ce pas ? Son « je te reconnais » était franchement inquiétant. Depuis qu’elle était arrivée à Rome, elle avait plus l’habitude d’entendre des trucs du genre … « Tu me rappelles quelqu’un ! » Oui voilà, plus quelque chose dans ce style-là. Luna voulut répondre mais avant qu’elle ait eu le temps d’ouvrir la bouche, Simonetta lui avait déjà empoigné le visage d’une main forte, juste sous le menton, ses doigts effectuant une pression sur ses joues et l’obligeant à se rapprocher d’elle pour l’inspecter. Euh …
« Ces yeux … et ce nez ! Mon dieu ce nez ! » S’exclama-t-elle d’un air concentré tout en relâchant enfin son emprise. Luna porta immédiatement la main à son nez. Quoi ? Qu’est-ce qu’il avait son nez ? Il était très joli son nez.
« Je … » commençai Luna.
« Ah chut ! Tais-toi il faut que je me concentre ! » L’interrompit la vieille femme qui la regardait d’un air mi- absent, mi- songeur. Pas étonnant que tout le quartier tremble devant ce petit bout de femme, Luna était véritablement pétrifiée. Et dire qu’elle voyait son bus tourner à l’angle de la rue … elle ne pouvait pas le manquer.
« DIOS MIO ! J’AI TROUVE ! » S’écria Simonetta sur un ton victorieux qu’elle accompagna d’une grande tape sur le front.
« Tu dois être la fille de cet écrivain … cette espèce de poupée Barbie … comment qu’elle s’appelait déjà ? » demanda-t-elle en s’adressant à Luna qui était cependant bien incapable de lui répondre. La bouche grande ouverte elle hésitait entre le rire et les larmes.
« Je vous demande pardon ? » réussit-elle tout de même à articuler bien qu’il lui semblait soudain être tout à fait étrangère à la situation, elle avait surement du louper un épisode.
« Mais oui ! Tu sais cet écrivain-là, ils en parlaient à la télé hier … comment qu’elle s’appelait … RACHELE D’AQUINO ! Voilà ! Mais tu devrais le savoir, c’est ta mère ! » Non, vraiment, elle ne comprenait plus rien.
« Je suis désolée Simonetta, vous devez faire erreur » dit-elle tout en se levant du banc tandis que le bus s’arrêtait devant elles et que les portes s’ouvraient laissant descendre une foule de gens.
« Ah non ! Ça c’est pas possible, tu lui ressembles tellement ! Si tu n’es pas au courant tu dois surement être une enfant cachée, je suis sure qu’elle en a eu quelques-uns surtout que … » Sans lui laisser le temps de dire quoique ce soit d’autre, la jeune fille lui lança un sourire désolé puis se rua à l’intérieur du véhicule sans jeter un regard en arrière, ne prêtant même pas attention à ce que la vieille femme baragouinait maintenant dans son dos. Les jambes quelque peu tremblantes elle se laissa tomber sur le premier siège libre à côté d’un homme d’âge moyen qui la reluqua des pieds à la tête avec un sourire assez déplaisant qu’elle tenta d’ignorer du mieux qu’elle put et inspira un grand coup. Ok, il fallait qu’elle fasse le point-là et qu’elle se remette de ses émotions, parce que de ce côté-là elle venait d’être servie. Elle était bien mignonne la Simonetta mais sur ce coup-là, elle délirait complètement. Tous ces médicaments qu’elle devait prendre, ça avait un effet néfaste à la longue … Non vraiment, ce qu’elle venait de lui dire était complètement impossible. Luna posa sa tête contre la vitre du bus tout en mettant ses écouteurs dans ses oreilles en espérant oublier toute cette histoire sitôt que le véhicule aurait tourné à l’angle de la rue. Oui vraiment, c’était impossible …

« Dis … » chuchota Luna tandis qu’elle posait son sac sur la petite table de la bibliothèque, en face de Milo, « tu te souviens quand tu m’as dit que je te rappelais quelqu’un ? » Il leva les yeux de son livre et lui lança un sourire radieux.
« Evidemment ! D’ailleurs, ça m’agace ! J’ai toujours pas réussi à trouver … pourtant je suis certain que tu ressembles à quelqu’un. De connu en plus … » dit-il tout en se frottant la tête et en l’examinant avec attention. « Pourquoi, t’as trouvé ?! » s’exclama-t-il tout en continuant à chuchoter.
« Bah non … enfin j’étais à l’arrêt de bus ce matin et Simo… une dame est venue vers moi et m’a aussi dit que je ressemblais à quelqu’un. »
« Ah ah ! Tu vois que je suis pas le seul à le dire … »
« Le truc c’est qu’elle a réussi à mettre un nom sur ce quelqu’un. Enfin c’est complètement stupide comme suggestion mais … » soupira-t-elle soudain très concentrée sur ses ongles. « Ah oui ? Qui ? Qui ? » Dit-il avec empressement tout en se rapprochant d’elle.
« Rachele d’Aquino, un écrivain. » lâcha-t-elle ses yeux toujours rivés sur ses ongles. Voyant qu’il ne semblait pas avoir de réaction, elle continua. « Enfin voilà, tu vois bien que c’est n’importe quoi … »
« PUTAIN DE MERDE ! » s’écria-t-il enfin provoquant ainsi la haine de tous les étudiants de la bibliothèque qui s’empressèrent de le cribler de « chuuuut ! » venant de tous les côtés tandis que la bibliothécaire lui lançait un regard noir, un doigt contre sa bouche. Non mais il est fifou ç’ui là. « Pourquoi t’as gueulé comme ça ?! Me dis pas que tu trouves que c’est vrai ? » S’exclama Luna qui avait enfin détaché son attention de ses ongles mais Milo ne lui répondit pas, son regard plongé dans l’écran de son MacBook qu’il venait très certainement de sortir de sa botte magique puisqu’elle ne l’avait pas vu auparavant. « Hé oh ! Je peux savoir ce que tu fous ?! » Toujours pas de réponses. Elle s’apprêtait à se lever pour aller voir ce qu’il pouvait bien foutre quand d’un geste brusque il retourna son ordinateur afin que l’écran se retrouve en face d’elle.
« REGARDE ! » chuchota-t-il du plus fort qu’il put. « Me dis pas que tu vois pas la ressemblance ? Hein ? » Une nouvelle fois Luna était incapable de répondre, mais cette fois elle était même incapable de dire quoique ce soit. Son visage impassible ne trahissait aucune émotion, pas même l’étonnement et pourtant à l’intérieur, ça bouillonnait, ça explosait, ça tourbillonnait. Elle aurait eu du mal à mettre des mots sur ce qu’elle ressentait en ce moment même mais elle ne pouvait pas nier le fait que cette femme lui ressemblait, beaucoup. Ou plutôt qu’elle lui ressemblait … Effectivement, leurs nez, la forme de leurs visages étaient identiques, mis à part la couleur de leurs yeux qui différait. Il y avait quelque chose. Voyait-elle vraiment sa génitrice en ce moment-même, sur cet écran d’ordinateur, sur cette photo trouvée en quelques secondes sur Google Images ? Etait-ce vraiment possible que la femme blonde qu’elle voyait sur l’écran fut sa mère biologique ? Milo la regardait avec un air triomphant mais qui commençait à se faire inquiet. Il attendait d’elle au moins une réaction de surprise et pourtant aucune émotion ne filtrait sur son visage constellé de taches de rousseur, ou alors peut-être une once de tristesse dans le vert émeraude de ses yeux, à peine perceptible. Ne pouvant se détacher de ce qu’elle avait sous les yeux, elle rassembla ses affaires tout en gardant son regard fixé sur l’écran puis enfin, quand elle eut passé son sac sur son épaule et enfilé sa veste, elle lança un sourire absent à son ami qui la regardait, incrédule.
« Il y a un air de ressemblance, effectivement. » lâcha-t-elle faiblement avant de disparaître à grandes enjambées parmi les nombreuses étagères de la bibliothèque.

Il était là, tout près d’elle, son visage à seulement quelques centimètres du sien. Elle pouvait sentir son souffle sur sa peau, et il avait beau être d’une tiédeur agréable, elle ne pouvait s’empêcher de frissonner. Il la regardait droit dans les yeux, de ce regard assuré, à la fois envoutant et complètement déstabilisant dont seul lui semblait détenir le secret. Sur son visage à la beauté parfaite, régnait un léger sourire malicieux qu’il lui offrait à elle et à elle seule la faisant ainsi se sentir plus que privilégiée et d’un geste doux, il caressait sa joue. Elle n’arrivait pas à y croire, tout était tellement beau. Son visage commença alors lentement à se rapprocher du sien, elle inspira un grand coup et pria pour ne pas tomber dans les pommes afin de pouvoir profiter de chaque secondes de ce qui était sur le point de se produire. Elle attendait ce moment depuis … pfiiiiiou, des années. Ses lèvres effleurèrent les siennes et elle s’attendit à atteindre instantanément le nirvana alors que … non. Non vraiment ce n’était pas aussi agréable que ce à quoi elle s’était attendu, c’était mouillé … comme si elle était en train de se faire lécher la figure par un chien. Oui c’était ça un chien … Attendez, quoi ? UN CHIEN ?! Brusquement et sans réellement sans rendre compte, ou du moins pas tout de suite, Luna ouvrit les yeux. Elle eut alors tout le loisir de se rendre compte que ce n’était qu’un rêve mais que surtout, l’énorme chien de son colocataire (accessoirement aussi son meilleur ami depuis qu’elle était toute petite) était en train de lui lécher copieusement le visage.
« AAAAAAAAAAAAAAAAARGH ! » s’écria-t-elle tout en s’efforçant d’éloigner la bête du mieux qu’elle put, peu préoccupée par le fait qu’elle venait surement de gagner le concours du « qu’est-ce qui fait le plus de bruit dans ce putain de Rione à la con ? : la fontaine, les touristes ou Luna ? ». Aussitôt la porte de sa chambre s’ouvrit à la volée sur un Milo en pyjama, visiblement inquiété par le cri monstrueux en provenance de la chambre de sa chère colocataire. Immédiatement, il se précipita sur l’immense chien, certainement un croisement entre un yorkshire et un âne, et le tira de toutes ses forces pour le faire sortir de la chambre tout en s’excusant pour la gêne occasionnée. « Tout va bien ? Il est un peu … excité ces derniers temps, je suis désolé. » Dit-il après avoir réussi à le faire sortir de la chambre. « Oui, oui ça va … »
« J’ai préparé le petit-déjeuner, tu viens ? » Pourquoi devait-il toujours être aussi adorable et parfait ? Non mais franchement, ça devait être fatiguant à force, non ? Il devait bien avoir de temps en temps un moment de relâchement, ne serait-ce qu’une minute ou il ne serait rien d’autre que terriblement humain, non ? Ça lui arrivait jamais ça, d’être normal ? Elle hocha doucement la tête puis attendit qu’il ait refermé la porte derrière lui pour se laisser retomber sur ses oreillers en poussant un long soupir avant de se mettre à gigoter bêtement dans son lit, le sourire aux lèvres. C’était généralement le genre de réactions qu’elle avait quand elle se rappelait qu’elle était en Italie, même après un rêve un tout petit peu érotique concernant Nathan. Mais la vie avec Milo avait du bon. A la minute même ou elle avait croisé son regard quand ils étaient gamins, elle avait su qu’il aurait un impact plus ou moins considérable sur sa vie, bon ou mauvais. Tout d’abord, il la sauvait d’un minable taudis en lui offrant la possibilité de partager avec lui un grand appartement sous les toits à Trevi. Ok, le quartier était bruyant et bondé à presque toute heure de la journée, mais une telle offre ne se refusait pas. Après s’être débattue de nombreuses minutes avec ses couvertures, elle réussit enfin à s’en extirper et se leva de son lit marchant au radar pour atteindre la porte qu’elle ouvrit à la volée avant de se diriger d’une manière non moins incertaine jusqu’à la table du petit-déjeuner où étaient déjà disposés toutes sortes de viennoiseries, pains, boissons qu’elle s’empressa d’attaquer tandis qu’il buvait tranquillement son café à seulement quelques centimètres d’elle. « Tu as pris ta décision ? » Elle stoppa net le parcours de sa tartine de l’assiette à sa bouche et tourna son regard vers lui en affichant une mine surprise. Quelle décision ? « La décision d’aller rendre visite à la famille de ta mère ? » Ah ouais ça, c’était un truc typique chez Milo : se mêler des affaires des autres. C’était peut-être parce que lui aussi aurait voulu retrouver ses véritables parents, mais Luna se sentait plus coincée qu’autre chose à présent. Elle reposa sa tartine dans son assiette et comme à chaque fois qu’elle était embarrassée, elle regarda ses ongles. « Je sais pas trop … »
« Je pense que tu devrais y aller. »
« Ah bon ? Pourquoi ? »
« Parce que tu n’as rien à perdre. Si ça se passe mal, tu n’auras pas à regretter le fait de ne pas les connaître mieux. Et si ça se passe bien … tu auras gagné quelque chose. » Oui c’est sûr que dit comme ça, ça avait l’air très simple. Mais si ça se trouvait, personne n’était pas au courant de son existence, c’était même quasiment certain. Franchement, qu’est-ce qu’elle pouvait bien leur dire ? Et puis qu’est-ce qu’elle allait rechercher en allant là-bas ? Une vérité ? Une véritable famille ? Elle n’était même pas sûre que ce soit vraiment sa mère. « Je ne sais même pas où ils habitent. » Aussitôt Milo se leva et ouvrit l’un des tiroirs de la cuisine dont il retira un petit billet qu’il lui posa devant les yeux tout en se rasseyant. « Qu’est-ce que c’est ? » demanda Luna en prenant le billet entre ses doigts. Ça avait tout l’air d’être une adresse … « C’est là qu’ils habitent. Je l’avais noté au cas où tu aurais envie de leur rendre visite. » Expliqua-t-il avant de boire une gorgée de café. Elle n’arrivait pas à y croire, il avait vraiment fait ça ? « Mais comment … comment tu l’as eu ? »
« Oh tu sais, trouver une adresse, c’est vraiment pas difficile. »
Elle lui adressa un faible sourire puis reporta son attention sur le bout de papier qui allait peut-être changer sa vie. C’est fou comme sa vie semblait souvent être dans les mains de morceaux de papier. Tout d’abord le billet d’avion qui l’avait amenée à Rome lui permettant un tout nouveau départ, ce qui lui avait permis de retrouver son meilleur ami et maintenant celui-là qui allait peut-être lui permettre de connaître ses origines.
« Je vais y réfléchir … » dit-elle tout en portant enfin sa tartine à ses lèvres. Après tout, elle n’avait aucune envie de retourner à Paris, elle avait bien le temps de retourner mille fois la question dans sa tête.

Luna fait la rencontre de Julian d’Aquino. Lui et Rachele étaient jumeaux, et l’homme d’une cinquantaine d’années est très surpris de l’apparition soudaine d’une copie quasi-conforme de sa sœur devant lui. Il la prend tout de suite sous son aile, il est enchanté à l’idée d’avoir à nouveau quelqu’un pour le relier à sa moitié spirituelle. Il lui raconte l’histoire de sa mère, dans les moindres détails, l’histoire de sa famille, leur famille. Il lui raconte comment Rachele a rencontré le grand amour de sa vie à Vérone, et lui dit que c’est encore là qu’il doit se trouver. Joshua Olivetti, le père très probable de Luna. Ça lui fait un choc. Ainsi, son père est toujours vivant ? Et puis Julian lui raconte la tragédie de sa naissance : comment Rachele s’est fait renverser par une voiture et comment les médecins n’ont pas réussi à la sauver. D’ailleurs, Julian lui répète ce qui a été dit à l’époque, que le bébé n’avait pas survécu non plus. C’est un mystère étrange, mais Luna ne s’y intéresse pas pour l’instant. Un nouveau bout de papier en main, avec une autre adresse à Vérone, et un voyage en train qui s’improvise.

Voilà, c’était aujourd’hui qu’elle se décidait enfin à franchir le pas. Elle allait le faire, elle allait rencontrer son père alors qu’elle n’avait aucune preuve, aucune certitude que c’était lui juste son visage et une vague impression, un sentiment qui lui disait qu’elle était sur la bonne voie. Elle avait retourné la question dans sa tête non pas mille fois mais un million de fois, se demandant ce qu’elle avait à perdre, si cela valait vraiment la peine. Après tout elle avait passé vingt-deux ans de sa vie sans lui et elle se débrouillait très bien, est-ce qu’elle avait vraiment besoin de le rencontrer ? Non sûrement pas. Mais quelque chose en elle la poussait à le faire, toute cette histoire avait piqué sa curiosité … elle avait besoin de mettre les choses au clair, une bonne fois pour toutes. Malgré tout, elle ne savait toujours pas ce qu’elle allait lui dire une fois qu’elle se retrouverait devant lui. « Salut papounet ! Je suis ta fille ! Tu ne te souviens pas de moi ? C’est normal, tu n’es pas au courant que j’existe ! Enfin, maintenant oui. Tu me laisses entrer qu’on discute un peu des souvenirs que nous n’avons pas ? » A mesure qu’elle se rapprochait du but, la bille de plomb dans son estomac devenait de plus en plus lourde. Elle était terrifiée et chaque pied qu’elle mettait en avant lui semblait être un pas en arrière. Et s’il n’était pas là ? Et s’il ne lui ouvrait pas la porte ou pire et s’il la lui claquait au nez ? Et s’il s’en foutait ? S’il se mettait à pleurer ? Oh pitié non, pas ça. Elle voulait juste … Putain mais elle voulait quoi au juste !? Voilà, elle le savait, elle n’aurait jamais dû venir, elle aurait mieux fait de rester chez Milo à mater le dernier épisode de Dexter. Elle aurait mieux fait de rester dans le semblant de tranquillité qu’elle avait réussi à bâtir. Elle aurait mieux fait de ne jamais se poser de questions …

Elle s’apprêtait à faire demi-tour quand soudain, reprenant pied avec la réalité, elle se rendit compte qu’elle était en vérité arrivée à destination. Elle se retrouvait bel et bien devant le numéro 17 et y’avait pas à dire, c’était une sacré baraque. Entourée d’un immense muret fermé par un portail à interphone, la maison en imposait pas mal. Des murs blancs, des volets bleus et des fleurs à toutes les fenêtres, ce n’était pas tellement l’idée qu’elle s’était faite de la maison d’un célibataire coureur de jupons de … il avait quel âge au fait ? Cinquante ans ? Elle n’avait même pas voulu lire les articles que Milo avait retrouvés pour elle sur le net. Qui aurait envie de connaître son père grâce à internet ? En tout cas pas elle. Bon … elle faisait quoi maintenant ? Elle hésitait toujours entre s’enfuir en courant ou se jeter contre le portail et tambouriner sur l’interphone. Voyant qu’aucune des deux solutions ne semblait bonne, elle prit une longue inspiration et se décida à sonner calmement, tout son corps secoué de tremblements. C’était vraiment étrange comme situation, elle ne savait pas à quoi s’attendre.

La sonnette retentit dans le silence de la ruelle et Luna laissa retomber sa main le long de son corps. Si personne ne répondait dans les cinq secondes, elle partait. 1…2…3…4…5… Et voilà ! Fini ! Comme c’est dommage, une prochaine fois peut-être hein ? Elle se retourna pour partir, une goutte de sueur perlant sur son front. Quand … « Oui ? Qui est là ? » Annonça une voix de femme. La jeune femme se stoppa net, son sang venait de se glacer dans ses veines, l’empêchant d’effectuer tout mouvement. C’était qui cette femme ? La sienne ? « Hé ! Il y a quelqu’un ? » Luna était complètement figée. Qu’est-ce qu’elle était censée faire là ? « Ah mon dieu, c’est pas possible ces sales gosses. Ils n’ont rien de mieux à faire que de venir sonner aux portes à longueur de journée... » Dit la voix qui se faisait déjà plus lointaine. « NON ! Attendez ! Je suis là ! » S’écria Luna en faisant volte-face. Elle était venue jusqu’ici, il fallait qu’elle termine ce qu’elle avait commencé sinon cela risquerait de la hanter pour le reste de son existence. Parce qu’elle ne le recommencerait pas deux fois, ça risquerait de lui causer un ulcère. « Qui est là ? »
« Je … j’aimerais parler à Joshua Olivetti. »
« Qui est là ? Si c’est encore une de ses conquêtes, allez voir ailleurs si j’y suis ! On ne vous donnera rien et pas la peine de nous faire croire que vous êtes enceinte de lui. » Euh … ouais. « A vrai dire, je … » Allez dis-le. « Je suis sa fille. » Derrière l’interphone le silence se fit puis soudain, après quelques secondes de calme total, un grand éclat de rire résonna dans toute la ruelle. « Ahahaha, mais que tu es drôle ma petite ! Celle-là on me l’avait encore jamais faite ! »
« Je suis sérieuse … enfin je crois … » Elle était ridicule. Toute cette histoire était ridicule. Consciente qu’elle n’avait plus aucune chance de se faire entendre, elle fit demi-tour pour de bon cette fois avec pour seule envie de rentrer chez elle et de faire comme si tout cela n’avait jamais eu lieu. Pour une fois que les conseils de Milo n’étaient pas bons … Derrière elle, elle entendit la porte s’ouvrir mais elle n’y prêta pas attention. « Attends ! Petite ! Reviens ici ! » Quoi, c’était à elle qu’elle s’adressait ? Lentement Luna se retourna. A plusieurs mètres d’elle, perchée sur le haut des escaliers qui permettait d’accéder à la demeure, se tenait une femme. Une femme magnifique, probablement d’une cinquantaine d’années, qui portait à merveille ses rides et ses cheveux bruns colorés sur sa peau bronzée. Elle se tenait droite et il se dégageait d’elle une formidable vitalité, quelque chose de foudroyant. A la vue du visage de Luna elle plissa les yeux et descendit quelques marches. Qui était-elle ? Sa femme ou bien... « Approche ! » lui ordonna-t-elle de manière si autoritaire que les jambes de la jeune fille se mirent à bouger toute seule dans sa direction. Chacune de leur côté, elles s’avancèrent en direction du portail jusqu’à en arriver face à face seulement séparées par la grille en fer forgé. Elles s’observaient, se toisaient presque. Puis soudain, sans prévenir, sans aucun signe avant-coureur, le regard si sévère de cette femme qui lui faisait face s’attendrit et ses yeux parfaitement identiques aux siens se remplir de larmes tandis qu’elle portait une main à sa bouche. Oh non, pas ça ! Par pitié, par de gens qui pleurent, Luna détestait ça, elle qui était tellement incapable de le faire et pourtant dieu sait qu’elle l’aurait voulu en ce moment même. Lentement, la grille s’ouvrit ôtant ainsi cette frontière qui les séparait, cette frontière entre leurs deux mondes. Elles aussi se ressemblaient beaucoup, tellement que le doute n’était plus permis et que tout devenait soudain aussi clair que possible. Cette femme était la fameuse sœur dont Julian lui avait parlé, et le type qui était peut-être caché dans cette grande maison, était son père. Welcome home Luna. Tu veux peut-être t’asseoir pour te remettre de tes émotions ? Ouais ? Ça se comprend.

« Non mais d’où elle sort cette gamine ?! »
« J’en ai aucune idée mais ce qui est sûr c’est qu’c’est la tienne ! Alors maintenant tu vas aller dans cette cuisine, tu vas lui parler et tu vas être aimable parce que la pauvre, il lui en a fallu du courage pour venir jusqu’ici ! »
« Et qu’est-ce qui prouve que je suis son père ? » Franchement, il le saurait s’il avait une fille ! Bon, peut-être pas, mais quand même ! « Eh bah tu n’as qu’à aller voir par toi-même ! »
« Comment ça ? »
« Vas-y ! »
« Mais j’en ai rien à foutre moi de cette gosse ! » Valentina se hissa sur la pointe des pieds pour asséner une grande tape sur la tête de son crétin de frère. Elle savait pourtant qu’il n’avait pas été élevé comme ça ! « VA DANS CETTE CUISINE TOUT DE SUITE ! » s’écria-t-elle en le poussant contre la porte le jetant ainsi directement « dans la fosse aux lions ». Putain mais c’était quoi encore que ces conneries ?! Dix minutes plus tôt il était tranquillement installé dans son atelier, plongé sur son nouveau projet de tableau et là on le faisait sortir de force de son trou, ce qui était un véritable sacrilège, parce que sa prétendue fille dont il ignorait complètement l’existence jusque-là, se trouvait dans sa cuisine ? Non mais il vivait dans quelle dimension là ?

Tranquillement assise sur la chaise ou l’avait faite asseoir Valentina quelques minutes plus tôt, Luna gardait ses yeux fixés sur la table. Elle avait entendu toute la discussion et tout ce qu’elle voulait maintenant c’était fuir au plus vite. Quand elle entendit la porte de la cuisine s’ouvrir, elle ne put retenir un sursaut. Sa tête se tourna alors dans sa direction, simple réflexe, et leurs regards se croisèrent.

Bon. Il en avait peut-être pas grand-chose à faire de cette fille mais il devait reconnaître que ça faisait quand même tout drôle de se reconnaître dans un autre visage que le sien. Ces yeux, ce menton... Il se voyait, véritablement et apparemment sa vision lui faisait le même effet à elle. Et surtout, ce qu’elle pouvait ressembler à Rachele ! Mais qu’est-ce qu’elle venait chercher en venant ici ? Qu’est-ce qu’il était censé lui dire ? Non parce que là il n’avait vraiment strictement rien à lui dire ! Il fit quelques pas dans sa direction, porta plusieurs fois la main à son front. « D’où tu sors ? » finit-il enfin par articuler après de longues minutes d’un silence pesant, apparemment cette question l'obsédait réellement.
« … »
« Qu’est-ce que tu viens faire là ? »
« … »
« Et comment tu m’as retrouvé ? Hein ? »
« Je … »
« Tu veux de l’argent c’est ça ?! »
« Non ! Pas du tout ! A vrai dire je ne sais pas vraiment pourquoi je suis là mais …»
« Alors tu aurais peut-être mieux fait de t’abstenir ! Je sais pas d’où tu sors et tu me ressembles peut-être un peu en effet, mais j’ai rien pour toi moi alors tire-toi et fous moi la paix ! »
Alors ça pour une gifle, c’était une sacré gifle. Non mais pour qui il se prenait ?! Il savait à quel point elle avait dû se faire violence pour venir jusqu’ici ? A quel point elle s’était torturée l’esprit jour et nuit pour se décider à faire un pas ? Quelle espèce de connard ! D’un geste rageur, Luna repoussa sa chaise et se leva d’un bond, elle ne savait pas vraiment pourquoi elle était là mais ce n'était certainement pas pour s'entendre dire ça, elle n'en avait absolument pas besoin de ce genre de remarques. « Oh mais avec plaisir ! » Elle ne s’attendait pas à des « retrouvailles » dans la joie et les larmes mais là c’était quand même un peu trop violent pour ses pauvres nerfs. « Vous n’entendrez plus jamais parler de moi, je vous le promets ! » s’écria-t-elle, verte de rage, tout en le bousculant pour atteindre la porte de cette fichue cuisine et sortie de cette maison le plus vite possible. Quelle idée de merde de se ramener ici ! Elle aurait dû s’y attendre. Elle ouvrit la porte d’entrée à la volée et se précipita dehors tandis que Valentina, après avoir foudroyé son frère du regard, tentait tant bien que mal de la suivre. « Attends ! Ne pars pas ! » Mais Luna ne voulait même plus l’écouter, elle voulait fuir au plus vite et tout oublier de cette journée, de cette rencontre, de cette monstrueuse perte de temps. Une fois en dehors de l’enceinte de la maison elle se mit à courir. « Ne pars pas ! Attends ! Je t’en supplie ! » Luna s’arrêta net. Son ton était tellement … suppliant et puis elle s’était quand même montrée particulièrement adorable une fois les premières minutes de surprise passées. Cependant la jeune fille ne fit aucun pas dans sa direction et attendit qu’elle vienne jusqu’à elle. Il était hors de questions qu’elle s’approche à nouveau de cette maison à moins de cinq mètres. « Mon frère est un imbécile ! » annonça Valentina, quelque peu essoufflée, une fois arrivée près d’elle. « Un parfait idiot complètement bourru mais il n’est pas toujours comme ça, ça va lui passer. Et puis, ça fait des années que j’attends une … une nièce comme toi. J’ai envie de te connaître alors s’il te plait reste, au moins un petit moment. On est pas obligées de retourner à l’intérieur, on peut faire un tour si tu veux ou alors aller au café du coin, tout ce que tu voudras mais s’il te plait, ne pars pas alors que tu viens tout juste d’apparaître. Ça me ferait trop mal au cœur … » Luna respira un grand coup. Elle n’avait absolument aucune envie de lui faire mal au cœur et puis … et puis merde, ça n’allait pas la tuer d’aller boire un café non ? « D’accord. » Après tout, peut-être qu’elle n’avait pas complètement perdu son temps.

Valentina est très gentille. Elle installe Luna dans la maison que Rachele et Joshua ont occupée ensemble pendant un temps, et où le peintre refuse de mettre à nouveau les pieds. Milo promet de la rejoindre rapidement. Le voisinage accepte la petite nouvelle avec beaucoup de plaisir, et la jeune fille apprend énormément d’anecdotes sur ses parents. La maison regorge de trésors inestimables pour une enfant en quête de réponse sur son passé, ses origines. Luna lit tous les livres que Rachele a pu publier, elle passe de longues heures à admirer les tableaux peints par Joshua qui se trouvent dans la maison. Et puis un jour, Joshua vient la voir.

Elle venait de se confier. Même si ce geste n’était pas totalement désintéressé, puisqu’elle l’avait fait dans le but qu’il se confie à son tour, il n’en demeurait pas moins qu’elle avait conté l’histoire de sa vie, de manière succincte, certes, mais elle l’avait fait. Voilà plusieurs mois que Milo s’évertuait à la faire parler, à lui faire dire quelque chose concernant de près ou de loin Nathan, mais tout ce qu’elle était capable de faire c’était de détourner les questions. Incapable de parler de lui et de le pleurer depuis leur dernière conversation, elle était comme emprisonnée dans son propre corps. C’était la tristesse qu’elle avait cherché à maintenir captive, mais de ce fait, elle s’était enfermée elle-même, car cette tristesse c’était elle tout entière. Pas un centimètre carré de sa silhouette ne concevait plus le bonheur. Elle devait faire son deuil, lui répétait-on, mais faire son deuil n’était-ce pas oublier ? Etait-elle capable d’oublier ? On lui répétait qu’un jour elle parviendrait à vivre avec le souvenir, qu’à mesure que les jours passeraient elle serait apte à repenser à lui non sans éprouver le manque, mais en coexistant avec ce gouffre béant qu’était son absence. Elle ne voulait pas se raconter, car elle avait peur d’étaler cette souffrance à la face du monde, son égoïsme aux yeux de tous. Et si elle se mettait à pleurer, elle pleurerait sur son propre sort, sur l’absence de cet homme qui était définitivement mieux là où il se trouvait à présent, loin d’elle et de ses sentiments qu’elle lui avait imposés ! Elle pleurerait sur son propre destin et non celui du français, et ça lui était intolérable. On ne cessait de lui répéter qu’elle devait parler, ou à défaut pleurer, que cela l’aiderait à guérir, mais elle ne voulait pas de cette guérison, elle voulait de cette maladie, elle chérissait sa souffrance, car c’était la seule chose qui la rapprochait de lui. Il n’était plus là, elle ne savait pas où il était, mais la douleur, elle, était présente, elle était même plus que ça, elle était vivace et lui rappelait sans cesse quel être merveilleux elle avait perdu. C’était sa détresse, son petit coin de souffrance dédié à son premier amour, son unique amour était-il d’ailleurs plus juste de dire, et c’était la raison pour laquelle elle ne pouvait, ni ne souhaitait parler ou pleurer. Elle ne voulait pas faire son deuil. Pourtant, elle venait d’offrir une partie de son histoire à un illustre inconnu, un homme qui n’était autre que son géniteur, et qui squattait à présent la cuisine, préparant elle ne savait trop quel plat, sans qu’elle n’y trouve rien à redire. Elle n’aurait su donner les vraies raisons de son laxisme envers cette intrusion plutôt qu’une autre, mais elle s’accordait le droit d’éprouver de l’apaisement en sa présence. Il calmait ses migraines au simple son de sa voix, apaisait son âme en un seul regard, et le savoir dans la même pièce, à quelques mètres d’elle lui offrait quelque chose qu’elle n’avait plus éprouvé depuis des années… de l’espoir. Pourquoi ? Et surtout pour quoi faire ? Elle n’en savait rien, et il n’y avait rien de logique à cela, et pourtant, il y avait comme un vide qui se comblait en elle, un trou qu’on aurait rebouché en un temps record. Et elle s’était confiée. Ça lui avait semblé tellement naturel, elle n’avait éprouvé aucune difficulté à le faire, de toutes manières elle avait le sentiment qu’il pouvait lire en elle, son regard la transperçant de toute part. Elle pouvait absolument tout lui dire. Elle devait absolument tout lui dire. C’est ce qu’elle fit, à sa manière, distillant les informations avec parcimonie. Puis ce fut son tour, et si elle s’attendait à essuyer un refus, elle fut surprise qu’il se montre obéissant. Loin d’être avare en parole, il lui contait tout, par le menu, sans rien omettre, aucun détail, à tel point que Luna était capable de visualiser le décor, la luminosité de la route, les expressions de chacun des visages. Il avait perdu tout espoir de famille quand la femme de sa vie était morte. Elle tenta d’appréhender sa souffrance, mais rien que d’imaginer perdre Milo, alors même qu’elle venait de le retrouver, la dévastait. Elle ne pourrait survivre à la perte de sa nouvelle famille, c’était inconcevable. Aussi, ne parvenait-elle à ressentir sa douleur. Pourtant, et sans explication logique, elle faisait preuve d’une empathie infinie envers cet homme qu’elle ne connaissait que depuis quelques minutes. Sa main trembla lorsqu’elle dû verser le café dans sa tasse, elle trembla aussi lorsqu’elle déposa le tout devant lui, elle ressentait une violente douleur s’emparer de tout son être, comme si elle souffrait pour lui, qu’elle souffrait avec lui. Elle avait mal non pas pour lui, mais comme lui. Ce n’était pas de l’empathie, c’était au-delà de ça, comme si elle ressentait ce que lui ressentait. Elle s’attendait à subir une nouvelle migraine, mais rien ne se produisit, il parlait toujours, alors son esprit demeurait clair. Il lui confia tout de la vie qu’il avait mené ces vingt dernières années, de Rachele qui lui manquait. Elle buvait ses paroles, vivait sa détresse, et aussi surprenant que cela puisse être, une perle salée roula sur sa joue blanche, et vint s’échouer contre ses lèvres. Elle en goûta le goût amer, et s’étonna. Elle remonta le fil brillant déposé sur sa joue, et atteignit la source, sa paupière encore humide. Elle était devenue incapable de pleurer la perte de Nathan, mais se surprenait à pleurer cette mère qu’elle n’avait pas connue et qui lui manquait cruellement, viscéralement, elle pleurait cette partie d’elle comme s’il s’agissait réellement d’une partie d’elle. Elle vivait ses émotions de manière brutale et incohérente. Rien n’avait de sens. Elle captura le liquide salé entre son pouce et son index, et l’examina avec ahurissement. Qu’est-ce que cela voulait dire ? Comment pouvait-elle pleurer quelqu’un qu’elle ne connaissait pas et qui manquait à quelqu’un qu’elle ne connaissait pas plus ? Elle en occulta totalement le reste de l’histoire. La douleur et cette larme, c'était déjà trop pour sa capacité d'analyse.

« Allez ne sois pas stupide, sors de là, je ne te ferais aucun mal, je t’assure, tu me connais je suis contre toute forme de violence, y’a jamais eu plus calme que moi. » « Luna. » dit-il sur un ton de reproches. « Quoi ?! » « Je te vois par les carreaux de la porte. » « Et ? » s’exclama la jeune femme sur la défensive. « Et pour moi une personne qui se tient devant la porte avec une poêle à frire prête à être utilisée n’est pas quelqu’un d’inoffensif ! » rétorqua Milo qui s’était empressé de rejoindre la salle de bain après que Luna l’ait menacé de le découper en morceaux et d’aller faire griller ses restes au barbecue de la fête nationale. « Sors de là tout de suite ou je … » « Jamais de la vie ! » Ce n’était pas sa faute s’il ne pouvait pas s’empêcher d’engloutir tout ce que Luna adorait, ou s’il ne pouvait pas s’empêcher de toujours prendre par inadvertance, bien entendu, une cigarette dans son paquet. Il n’était dans cette histoire que la victime d’un terrible complot machiavélique orchestré par … par le fantôme de la maison en personne, qui ne le portait pas vraiment dans son cœur à cause d’une dispute entre les deux qui avaient eu lieu dans le jardin, une affaire très compliquée, mais étrangement elle ne semblait pas disposée à le croire. Et apparemment là, pour elle, il venait de dépasser toutes les limites du politiquement correcte en finissant sous ses yeux SES bonbons au chocolat pour la huitième fois en sept jours. Et elle ne le laisserait pas s’en tirer comme ça cette fois-ci, quitte à faire couler le sang. Enfin, disons que Milo s’attendait vraiment à tout venant de sa part. Un rapide coup d’œil balayant la pièce lui indiqua qu’il n’y survivrait pas plus de quelques jours. Bon bien sur n’importe quel autre être humain aurait pu survivre plus longtemps mais quand on savait que le grand amour de Milo était la nourriture, c’était inenvisageable. Il pouvait toujours essayer de se bouffer un bras ou une jambe mais bizarrement, cette solution n’était pas vraiment tentante. Ce qui signifiait qu’il allait crever comme une merde dans la salle de bain de cette maison, et ce n’était pas peu dire puisqu’il venait de poser son postérieur de luxe sur la lunette des toilettes, ça l’aidait à réfléchir. Chacun sa méthode. En tournant le problème dans tous les sens dans sa tête tandis que la jeune femme de l’autre côté de la porte tambourinait comme une possédée sur cette dernière, il songea à attendre patiemment qu’elle se soit fatiguée et soit montée se coucher à la nuit tombée mais sachant qu’il était certain qu’elle n’était pas humaine et surement plus un truc du genre zombie sanguinaire increvable même après douze coup de couteau, une hache dans la tête et une batte dans la gueule, il avait un peu peur. Et c’est là que survint « le miracle », The Miracle my friends, celui que l’on ne s’attend pas à recevoir, la percée du soleil à travers les nuages, l’accomplissement de toute une vie, ou plutôt l’occasion pour filer, dans un style plus modeste, le téléphone de la jeune femme se mit à sonner. Profitant de l’interruption des coups sur la porte et des pas qui s’éloignaient, il remonta son pantalon et se jeta sur la porte pour l’ouvrir à la volée. Tout se passa alors au ralenti. Milo se stoppa net sur le pas de la porte, sa main crispée sur la poignée, pour observer la jeune femme qui se retournait pour lui faire face, surprise, puis voyant qu’elle venait de comprendre ce qu’il s’était passé et qu’elle avait déjà reporté son attention sur la poêle qu’elle avait posé quelques secondes plus tôt contre le mur, il fila. Tête baissée, jambes prête à courir le marathon de New-York à grandes enjambées et main sur le paquet. Cette fille, si c’en était vraiment une parce que jusqu’à maintenant il n’en avait pas eu la preuve, était capable de frapper n’importe où et on était jamais trop prudent. « BONZAAAAAAAAAAAAAAAAÏ ! » cria-t-il d’une voix bestiale avant de faire un vol plané tout à fait incontrôlé au-dessus du canapé du salon. « REVIENS ICI SI T’ES UN HOMME ! JE VAIS TE REFAIRE LE PORTRAIT FACON PUZZLE ! » menaça Luna qui tenait tant bien que mal la distance, armée de sa casserole dont elle n’hésiterait pas à se servir, chez elle c’était définitivement plus une arme de guerre qu’un outil pour faire à manger. Et d’ailleurs c’était peut-être mieux comme ça vu le goût de sa cuisine. « Comment peux-tu me traiter de la sorte ?! » s’indigna-t-il haletant, tandis qu’il s’engouffrait, sans perdre de sa vitesse, dans le couloir ou se trouvait l’escalier qui permettait d’accéder à l’étage supérieur. « Moi qui te tiens généreusement compagnie dans cette ville de ringards ! » Oui, bon là, il allait surement trop loin surtout qu’il adorait le fait d’être à nouveau réuni avec elle, enfin ça Luna n’avait pas à le savoir et surtout elle avait l’air de s’en foutre royalement. D’un geste habile, il attrapa la rambarde de l’escalier pour y accéder plus rapidement car il était certain que s’il prenait le temps d’arriver en face de ce dernier pour monter, elle aurait le temps de lui foutre dix fois son casserole dans la tronche pendant son ascension sans avoir même besoin de continuer à lui courir après. Mais ce qu’il n’avait pas prévu, c’était de ne pas réussir à passer par-dessus cette foutue rambarde et inévitablement Luna arriva derrière lui ce qu’il ne remarqua pas tout de suite, trop occupé – toute langue dehors– à résoudre le problème désormais numéro un de son existence. Elle l’observa pendant quelques secondes, lui, cette pauvre chose, bras tendus, un pied glissant appuyé contre le mur et l’autre tentant désespérément de passer de l’autre côté. Silencieusement, puisqu’il ne l’avait toujours pas remarqué, elle s’approcha de son pied et le tira de toute sa force vers le bas, la grognasse. Le reste du corps suivi instantanément, malmenant quelque peu ses bijoux de famille et il s’écrasa avec la grâce d’une fiente de pigeon, aux pieds de son bourreau. « Ah salut, t’étais là ? » La jeune femme ne prit pas la peine de faire un commentaire et se contenta simplement de lever la poêle dans les airs. Aoutch, pensa Milo avant de fermer les yeux en attendant le terrible choc … qui ne vint pas. Prudemment, il ouvrit un œil et vit Luna qui abaissait son bras, prête à faire demi-tour. « Mais tu fous quoi ? » La jeune femme continua à s’éloigner en direction de la cuisine en haussant les épaules, laissant Milo échoué sur le sol. « Ouais non mais c'est trop facile là, c’est nul. » dit-elle avant de disparaître à l’angle du couloir. Grognasse.
Un bruit de ferraille la contraria dans son activité première, mais bien décidé à ne pas se laisser déconcentrer, elle préféra ignorer tout signe de vie extérieur et mettre toute son attention dans ces gestes qu’elle répétait de manière assurée comme si elle avait fait ça toute sa vie. Un tour à droite, le long morceau dans la grande boucle, et on serre très fort avant de recommencer l’opération encore, et encore, et encore, et encore. Mais de nouveau, ce bruit de ferraille se répéta, s’insinua dans son cerveau, et lui fit perdre le fil. Est-ce qu’elle avait fait un tour ou deux ? Le nœud était-il suffisamment serré ? Est-ce qu’elle s’était contenté du simple ou bien avait-elle eut la présence d’esprit de le faire double ? Et ce putain de bruit qui revenait à la charge de plus en plus rapidement, sans pause, preuve qu’après avoir tenté d’attiré un peu l’attention, on perdait patience et on secouait le tout avec toute l’énergie du désespoir. Et merde ! Levant les yeux au ciel tout en soupirant, elle sut qu’elle n’avait plus vraiment le choix, l’importun semblait bien décidé à ce qu’on vienne à sa rencontre, et si tel n’était pas le cas, il allait probablement démonter le portail avec ses conneries. Car oui, ce bruit désagréable, c’était la grille délimitant l’entrée de cette imposante bâtisse. Une grille en forme de portail arrimé entre deux piliers donnant sur une longue arche menant au jardin. Fut un temps, il y avait eu une sonnette, mais elle avait rendu l’âme, comme tout le reste, et ne subsistait plus d’elle que le boîtier blanchâtre sur lequel un papier délavé et presque illisible annonçait « en panne » depuis près de dix ans. Encore une mission pour Canard WC… ou Milo, au choix. Alors, depuis des lustres, les visiteurs avaient pris l’habitude de secouer le portail pour annoncer leur présence. Et les autres ? Ceux qui ne savaient pas ? Et bien ils se contentaient de sonner comme des cons à une sonnette qui ne lâcherait jamais le moindre carillon. De toute manière, s’ils ne savaient pas, c’est qu’ils n’étaient pas désiré… la sélection naturelle, en quelques sortes. Mais là, visiblement, le malheureux était au courant, et s’impatientait. Luna testa une dernière fois la solidité des différents nœuds, puis se frotta les mains contre son jean en s’approchant de la porte d’entrée. Il lui suffit de l’entrouvrir pour reconnaître le vieux Peppo dans son uniforme bleu en train de perdre son peu de patience contre cette foutue grille qu’il insultait dans son patois le plus subtil. « Peppo ? » Lâcha-t-elle pour lui signaler sa présence. Le vieil homme releva un regard surprit vers elle, avant de reprendre contenance, et de soulever sa casquette à écusson en signe de bonjour. « Rachele ! » Lui répondit-il avec cette insupportable révérence que les gens d’ici lui vouaient. « Luna. » Le reprit-elle. « Combien de fois vais-je devoir te répéter que mon prénom c’est Luna ? Rachele c’était ma mère. » Elle avait fini par passer la porte, et après l’avoir soigneusement refermée derrière elle, elle s’avança vers l’homme qui plaquait les quelques cheveux bruns grâce à la fée teinture, sur le sommet de son crâne avant de renfiler cette casquette qui faisait sa fierté. « Autant de fois que tu le jugeras nécessaire, mais ça ne changera rien à mes habitudes. » Annonça-t-il tranquillement, un sourire tendre et espiègle aux lèvres. « Qu’est-ce qui t’amènes jusqu’à ces ruines ? » Lui demanda-t-elle, préférant changer de sujet plutôt que d’entrer en conflit avec cette tête d’enclume de naissance. Il était en train de lisser les plis de son uniforme, et releva immédiatement la tête, comme s’il venait seulement de se rappeler sa mission du jour. « Livraison ! » S’empressa-t-il de répondre, avant de lui tourner les dos pour récupérer ce qui semblait être un colis dans une des sacoches de son vélo quasi-canonique. Nan, sérieux, ce vélo devait être le premier jamais inventé ! Mais si Peppo tenait à son image irréprochable, il tenait plus encore aux vieilles traditions, et plutôt se jeter contre les murs épais des arènes jusqu’à ce que mort s’ensuive plutôt que de troquer son bolide contre ce qu’il appelait les machines du diable : une vespa. « Trop gros pour rentrer dans la boîte aux lettres. » S’excusa-t-il en le lui tendant malgré la grille qui le séparait encore de la jeune femme. « Je voulais pas déranger, mais j’ai vu de la lumière, et puis… » Mais bien sûr ! De la lumière en plein jour ? « … ça t’évite un voyage supplémentaire au bureau de Poste, bien que ça ferait plaisir à Pia de te voir, tu sais qu’elle me demande sans arrêt de tes nouvelles, alors je lui dis que je ne fais que croiser ta boîte aux lettres, que j’suis pas forcément introduit dans les hautes sphères, mais vu que ton oncle est déjà passé la voir pour lui apporter de petites douceurs… » Julian ! Traître ! « … bah elle se demande si tu la boudes, bien qu’elle sache que tu as probablement mieux à faire que de visiter une vieille bonne femme qui n’aurait de cesse que de radoter sur les jeunes années de ta mère, quand elle faisait tourner toutes les têtes de la citta, et que… » Ô culpabilité ! Va, viens ! Plante ton dard odieux entre mes côtes ! Elle s’abstint toute riposte en ouvrant la grille, mais Peppo ne semblait pas l’entendre. Une fois lancé dans un monologue, il aurait fallu une intervention divine pour l’arrêter. « … et Joshua qui en devenait dingue de jalousie, encore plus quand elle était enceinte de toi… » « PEPPO !!! » Finit-elle par beugler, provoquant l’intérêt soudain de plusieurs touristes se promenant dans la via. « Ah oui ! Le paquet ! » Sembla-t-il enfin réaliser en se tapant le front. Elle voulut récupérer le colis qu’il lui tendait, mais lorsque ses mains approchèrent le craft, il le ramena vers lui, et le souleva au-dessus de son épaule, comme s’il cherchait à le mettre hors de sa portée pour qu’elle ne puisse le récupérer de force. Alors elle fronça les sourcils, prête à piquer une colère simplement parce que c’était pas le jour, qu’elle avait pas que ça à faire, et que jouer au chat et à la souris avec le facteur n’était absolument pas dans ses projets. « Me faut une signature. » Se justifia-t-il devant ce regard incendiaire. Ok, bon, soit. Elle lui tendit une main ouverte, ce qui en langage corporel signifiait « passe-moi un stylo avant que je perde patience et que je t’arrache la tête. » comme chacun le sait. « … mais j’ai pas de stylo. » Ben voyons ! Comme c’est pratique pour un postier curieux et intrusif qui avait choisi, en partie, ce métier afin de pouvoir passer de l’autre côté de la porte, voir si la vie est plus belle ou plus excitante chez les autres. Luna hasarda un regard hésitant en direction de la bâtisse, se rappelant de l’activité qu’elle avait laissé sur le feu, sembla peser le pour et le contre pendant un moment, puis lui fit signe de la suivre d’un mouvement indolent de bras. Il ne se fit pas prier pour lui emboîter le pas, prenant un plaisir certain à fouler les pavés d’une cour désormais interdite au public. La classe ! Mais lorsqu’ils passèrent le seuil de la porte, le vieil homme se figea et contempla avec stupeur le spectacle qui s’offrait à lui. Là, juste après la grande arche délimitant la vaste entrée du non moins vaste salon, un jeune homme gisait bâillonné et ligoté à une chaise veillotte. « Peppo, Milo. Milo, Peppo. » Fit-elle les présentations sans même s’arrêter à hauteur du captif, ni même lui prêter une quelconque attention, comme s’il n’y avait rien de plus normal d’avoir un homme ligoté dans son salon. Elle avait, au contraire, pressé le pas en direction du vieux bureau sur lequel s’entassait la paperasse de plusieurs années, voire d’une décennie complète, et fouillait, à présent, dans cette multitude de factures et autres, à la recherche d’un stylo. Peppo profita de cette diversion pour se pencher vers le captif, visiblement inquiet, et tentait de tirer quelques informations de lui. Muettement, ses lèvres formaient des questions auxquelles Milo était censé répondre en clignant des yeux. Visiblement, le vieil homme avait trop regardé de séries américaines. Son uniforme lui montait à la tête. Au moment où Luna se retourna en brandissant, victorieusement, un stylo, il était en train de lui demander si quelqu’un savait qu’il était ici, et s’il fallait appeler la Police, ce qui fit sourire la jeune femme. « Ne t’en fais pas pour lui, Peppo. » Lui annonça-t-elle, provoquant un sursaut chez le postier qui ne s’attendait pas à se faire surprendre. « Il aime ça. » Le stylo à la main, le sourire aux lèvres, elle s’était rapproché d’eux, très amusée et attrapa les joues de sa victime dans sa main pour les lui pincer malgré son bâillon. « Il a été très vilain… » Souffla-t-elle d’une voix volontairement trainante et infantilisante. « Il mérite d’être puni ! » Peppo les contemplait à tour de rôle, craignant de comprendre un peu trop bien ce qui se passait ici. « Tu veux être puni, hein ? Oh oui, tu veux être puni ! » Milo tenta bien de secouer la tête en signe de négation, mais il se mangea une pichenette à l’arrière du crâne. « LA FERME, IMMONDE… SPAGHETTI ! » Spaghetti ?! Oui, bah elle improvisait, là ! Et n’ayant pas vraiment l’habitude d’insulter son « partenaire », elle avait sorti le premier truc qui lui passait par la tête. Mais Peppo ne sembla même pas relever l’incohérence de cette scène, et se laissa volontiers trainer par le bras en direction de la sortie. La jeune femme s’empressa de le ramener dans la cour, et n’eut aucun mal à récupérer le paquet que Peppo ne tenait plus que d’une main fébrile, son regard scotché à une porte d’entrée qu’elle avait pourtant refermé derrière eux. Elle signa l’accusé de réception, arracha elle-même le duplicata, et dut récupérer le bras lâche d’un Peppo totalement sonné, pour le lui fourrer dans la main. « C’est terrible, si jeune et déjà déviant sexuellement. » Lui souffla-t-elle, comme un coup de grâce. « Je me suis donnée pour mission de le ramener dans le droit chemin. C’est dur, mais je ne baisserais pas les bras. Je n’en suis qu’à la première étape. Demain je l’envoie faire les courses en combinaison latex. On va voir s’il trouve toujours ça aussi excitant. » Elle parlait à voix basse, comme si elle craignait que le jeune homme puisse l’entendre de l’autre côté du mur. Et Peppo qui gobait tout, lui offrant un regard compatissant et presque fier. Dans ce pays, une sexualité déviante était mieux acceptée qu’une séquestration d’un crétin n’ayant, encore une fois, pensé qu’à sa gueule en finissant la réserve de chips, voilà pourquoi le vieux facteur n’imaginait pas qu’il puisse s’agir d’autre chose que d’un petit pervers en pleine cure de sevrage. « Tu es un don de Dieu, Luna… » Sa main s’abattit sur son épaule, protectrice et vénérable, tandis qu’il hochait la tête frénétiquement, lui apportant, indiscutablement, son soutien dans cette histoire. Et puis, pour la première fois de sa vie, Luna observa ce facteur trop bavard, trop imposant et intrusif, courir en direction de son vélo en s’excusant d’avoir d’autres paquets à livrer. Il allait faire sa tournée en un temps record. Du jamais vu à Vérone. « A nous deux maintenant. » Reprit-elle après être rentrée dans la maison en prenant soin de bien refermer derrière elle. Le colis atterrit sur une table, sans même qu’on y jette un œil, et à sa place on récupéra un paquet de chocobon. Puis, confortablement installée sur les jambes du captif, on s’employait à les dévorer un par un, avec lenteur et sadisme. « T’en veux ? » Lui demanda-t-elle en faisant onduler un chocobon juste sous son nez. « Mince, tu peux pas. Comme c’est dommage, pas de bras, pas de chocolat. » Lui annonça-t-elle dans un innocent haussement d’épaule avant de s’enfiler le bonbon.

Un jour, Milo reçoit un appel sur son téléphone, et au bout de quelques secondes, il le lui passe. La voix d’Achille se fait entendre au bout, et la nouvelle apprise, Luna lui promet de revenir à temps pour l’enterrement. Milo insiste pour l’accompagner, les valises se préparent. C’est Joshua qui les conduit à Rome pour leur avion, et avant de les laisser partir, il confie une enveloppe à sa fille, en lui faisant promettre de ne l’ouvrir qu’une fois assise dans l’avion.  Il y a un jeu de clés, un mot

Luna,
Je pense que ça te sera utile. Valentina a vécu en France pendant très longtemps avant de revenir en Italie. On tenait à ce que tu aies un endroit loin de tes soucis.

Joshua Papa


Et une adresse dans le quatorzième arrondissement.

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MessageSujet: Re: Fuis-moi comme le choléra   Ven 27 Mar - 17:10

La jolie italienne  . C'est donc toi qui avait posé une question dans la partie invité ? Contente de te voir ici! (et si ce n'est pas toi, bienvenue aussi ). Et élevée dans un couvent/institution religieuse, et bien ça promet pour la suite, la pauvre doit avoir le cerveau rogné par les préceptes  

Je me rends compte que je ne connais pas du tout ton avatar  

Luna a écrit:
Bien qu’elle ne l’avouera jamais, elle adore les chansons de Lady Gaga.
Ne critiquons pas Lady Gaga, elle va jouer dans la nouvelle saison d'American Horror Story, ça promet quelques beautés horrifiques

Bienvenue par ici
Et courage pour la suite de ta fiche. C'est un roman

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

    mylimasis
    △ I don't know what I expect of you, but it is something in the way of a miracle. I am going to demand everything of you, even the impossible, because you encourage it.
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MessageSujet: Re: Fuis-moi comme le choléra   Ven 27 Mar - 17:21

Héhé, oui, c'est moi qui posais toutes ces questions Rolling Eyes On a enfin défini le gros de l'histoire entre les deux personnages, donc j'ai décidé de commencer ma fichounette (qui tiendra certainement comme tu dis du roman plus que d'autre chose)

Ah mais je ne critique pas Lady Gaga, au contraire, mais j'avoue ne pas regarder AHS

Tu ne connais pas Amber ma déesse vivante ? Elle joue dans des gros films américains en général, aux côtés de Nicolas Cage et Johnny Depp (d'ailleurs c'est sa nouvelle femme je crois).

Bref, je ne gâche pas le suspens en dévoilant le reste de l'histoire, et je retourne à mon écriture.

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

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MessageSujet: Re: Fuis-moi comme le choléra   Ven 27 Mar - 18:30

bienvenue, t'es toute belle, sacrée début de fiche

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

Mourir… dormir...
○ Mourir… dormir, dormir ! peut-être rêver ! [...]Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l’étreinte de cette vie ?
 
crackle bones.
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MessageSujet: Re: Fuis-moi comme le choléra   Sam 28 Mar - 1:15

c'que t'es belle, mais surtout ce que t'écris bien woah woah surtout, réserve moi un lien !!
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MessageSujet: Re: Fuis-moi comme le choléra   Sam 28 Mar - 8:04

Ca fait longtemps que je n'ai pas vu Amber sur un forum et à une période on se l'arrachait
Et ce que ta fiche est longue, comment fais-tu pour écrire autant ?
En tout cas une petite italienne c'est tout chou, ce pays est beau je voudrais le visiter un jour
Heureuse de te voir parmi nous et que tu ai sauté le pas

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

Aux pourpres d’un couchant
○ je savais que je n’avais plus rien à faire, que j’étais là non pour faire, mais pour “être faite”. Une autre personne avait pris le contrôle de ma vie, jusque dans les plus infimes détails. Si je n’avais plus le contrôle de rien, j’avais en revanche la permission de perdre tout contrôle.
crackle bones.
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MessageSujet: Re: Fuis-moi comme le choléra   Sam 28 Mar - 8:28

Eulalie - Merci J'adore ton prénom

Eugène - Merci et merci Et voui, on se trouvera un super lien

Ernestine - (je viens de remarquer, vous avez tous des prénoms qui commencent par E) Pour écrire autant... j'écris Plus sérieusement, je sais pas, j'aligne les mots et les idées comme ça au grand désespoir de ma partenaire.
Et l'Italie, je te le conseille si tu as la chance d'y aller un jour. C'est simplement magnifique.
Dans tous les cas, merci pour l'accueil

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

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Fuis-moi comme le choléra

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